Select Page

Interview

Article écrit par

Pierre Peders (sublime Steve Buscemi) se retrouve dans l´obligation d´interviewer Katya, une starlette du petit écran. Habitué des grands de la politique, c´est un nouveau monde qu´il découvre au contact de cette dernière. Leur rencontre qui, à première vue, sonne faux va s´ouvrir sur une relation étrange qui finira par les unir. Avec Interview, Steve […]

Pierre Peders (sublime Steve Buscemi) se retrouve dans l´obligation d´interviewer Katya, une starlette du petit écran. Habitué des grands de la politique, c´est un nouveau monde qu´il découvre au contact de cette dernière. Leur rencontre qui, à première vue, sonne faux va s´ouvrir sur une relation étrange qui finira par les unir.

Avec Interview, Steve Buscemi se replace devant mais aussi derrière la caméra. Ce film (ainsi que 06 et Blindate) appartient à la trilogie Theo Van Gogh qui, à travers ces trois remakes du réalisateur néerlandais, lui rend hommage. Chacun de ces trois films se fondent sur deux personnages centraux, un homme et une femme, et les relations qui peuvent se nouer entre eux. Interview n´échappe pas à cette règle.

La réalisation reste fidèle au style de Van Gogh, l´utilisation de trois caméras numériques étant conservée. L´une se focalise sur le personnage féminin, la deuxième sur le personnage masculin, et enfin la dernière, au plan plus large, englobe les deux personnages et le décor. Cette façon de procéder donne une véritable dynamique au récit et une grande énergie au film. Grâce à cette technique, une intensité proche de celle de la réalité est retranscrite à l´écran.

Aussi, par le biais de cette mise en scène, le spectateur acquiert la position d´observateur privilégié. Le film glisse peu à peu vers le huis-clos. Pas de personnages secondaires, le spectateur se retrouve seul face aux deux protagonistes. Il a ainsi le sentiment d´être l´unique personne ayant accès à cette scène. Il est celui qui voit sans être vu. Il est l´être qui, du dessus, observe tout le déroulement de l´histoire sans pouvoir interagir. Une place de choix relevant un tantinet du voyeurisme. Néanmoins, le récit se déroule entre deux, le spectateur se sentant alors à la fois dans et hors-scène.

Le huis-clos prend forme dans le loft de la belle Katya, dans lequel Interview se concentre uniquement. L´unité de lieu donne une grande force au film qui repose, essentiellement, sur les dialogues et le jeu des acteurs. Ces derniers, comme dans une pièce de théâtre, doivent occuper tout l´espace (par leurs corps et leurs mots) pour restituer toute l´ampleur au/du film. Leurs allées et venues sont incessantes. Ils marchent, font les cent pas, tournent, s´assoient, sautent… Ils changent de positions, d´espaces, de pièces, de sorte qu´on a parfois la sensation qu´ils transitent en différents lieux. Ils sont le pivot central et la force première du récit. C´est à travers eux et leurs paroles que le film prend corps. Au fur et à mesure, le sentiment d´être au coeur d´un ring nous gagne. Chacun essaie de mettre l´autre K.O. Les dialogues fusent. La voix fait place aux cris. La rencontre qui semblait relativement anodine au début se transforme petit à petit en une véritable joute verbale.

Interview, c´est l´affrontement, en les personnes de Pierre et Katya, de deux univers que tout semble opposer. Mais ce fossé, qui paraissait si grand au commencement, a tendance à se resserrer. Les barrières faiblissent et un jeu, certes malsain, se met en place. Relation de père à fille, ou entre amants, une ambiguïté s´installe entre les deux personnages, et semble s´enraciner peu à peu. Chacun tente de pénétrer dans l´intimité de l´autre, malgré ses résistances. Le lien se crée et les liens secrets se mêlent. Les vrais visages s´exposent au grand jour et la fin apporte ses réponses. Les masques tombent et la vérité se dévoile.

Sur fond de drogue, d´alcool et de cigarettes, Steve Buscemi, inspiré par Théo Van Gogh, nous livre un beau film sur les relations et les difficultés qui en émanent. Comment connaître réellement l´Autre, le cerner, déceler ses secrets les plus profonds ?

Titre original : Interview

Réalisateur :

Acteurs : , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 83 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Outrage

Outrage

Les six films d’auteur réalisés par Ida Lupino entre 1949 et 1966 traduisent l’état de « victimisation » dans lequel est maintenue
la femme américaine face aux défis de la reconstruction sociale de l’après-guerre. « Outrage » formalise, à travers l’esthétique du film noir, le trauma existentiel d’une jeune fille sauvagement violée. Poignant en version restaurée.

Interview d’Abel Danan.

Interview d’Abel Danan.

Pour son deuxième court-métrage, Love Cantata, Abel Danan s’est entretenu avec nous. C’est l’ occasion de découvrir un cinéaste très prometteur, que Vanity Fair vient de classer dans son palmarès annuel des jeunes talents à suivre de près.