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Her Smell

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Se déconnecter de la célébrité.

Becky Something est une rockstar des années 90. Mais ses excès et déboires vont la conduire à détruire son groupe et à perdre sa notoriété.

Her Smell marque la deuxième collaboration entre Elisabeth Moss et Alex Ross Perry après le curieux Queen of Earth, thriller parfois en demi-teinte mais qui traitait déjà l’inadaptation d’un personnage avec le monde qui l’entoure. Ici le film semble plus accessible avec son apparence de faux biopic musical mais la mise en place du réalisateur pour parler de cette chute rend l’œuvre aussi pertinente dans sa forme que déstabilisante. En effet, plutôt qu’une histoire linéaire qui retracerait l’ascension puis le déclin d’une star, Perry choisie de diviser son récit en cinq parties bien distinctes nous présentant cinq événements en temps réel de la vie de Becky. L’on comprend dès le début son statut de célébrité, le film débutant par une performance scénique de son groupe ; mais dès que l’on se retrouve en loge, le masque tombe et la paranoïa vient emprisonner le personnage. Le réalisateur forme autour d’elle un microcosme que Becky parasite par son attitude désinvolte et cruelle envers les autres. La performance de Moss tout en excès se base sur une impossibilité de communication, son jeu évoluant au fur et à mesure que le personnage réalise ses torts et voit le monde se consumer autour d’elle. La réalisation nerveuse de Perry est complètement en adéquation avec son actrice, laissant la place à l’improvisation et étirant les séquences jusqu’à l’épuisement des personnages et du spectateur ; ce système rend le film à la fois très réfléchi et sensoriel, on se laisse facilement emporter dans ce mouvement collectif du cadre et des héros.

 

 

Néanmoins les différents segments de l’œuvre sont inégaux, certains très intelligents montrent avec subtilité l’évolution mentale de Becky (le second en studio en est le parfait exemple) mais d’autres, quoique réussis, sont un peu grossiers, jouant sur la confusion des personnages pour théoriser une hystérie que le spectateur à déjà compris (c’est notamment le cas du troisième). De même, le dernier segment du film en plus d’être assez facile tente de résoudre et clore les conflits instaurés tout au long de l’histoire, empêchant Becky de devenir autre chose qu’un personnage de cinéma avec un arc narratif bien défini. Une sorte d’happy end qui déçoit car ne laissant aucune ouverture scénaristique et donnant une dimension hollywoodienne à l’histoire. Reste que le quatrième segment, changeant complètement de registre formel pour montrer notre héros apaisé et subissant les conséquences de son acte, aurait pu être la fin du film. Becky est assénée de procès et croule sous les dettes mais c’est à ce moment qu’elle semble la plus douce et par extension la plus honnête. La plus belle scène émotionnelle du film s’y trouve, lorsque le père de sa fille vient la voir avec cette dernière, Becky se met à jouer du piano à ses côtés, véritable acte de rédemption et presque d’excuse envers ce monde qu’elle a longtemps rejeté. L’idée est simple mais exécutée avec justesse, un plan fixe et posé, la haine du personnage s’est adoucie, elle ne peut que remonter lentement la pente.

 

Titre original : Her Smell

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Durée : 134 mn


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