Fin de partie

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Le club des cinq contre l’acharnement thérapeutique.

 Après le film israélien sur l’inceste (Loin de mon père, Keren Yedaya, 2015), après le film israélien sur la torture (Big bad wolves, Aharon Keshales et Navot Papushado, 2014), après le film sur la vieillesse, ce naufrage (Épilogue, Amir Manor, 2014), nous voici maintenant en présence du film israélien sur l’euthanasie. Rien à voir donc avec une quelconque adaptation de la pièce éponyme de Samuel Beckett avec qui il n’a pas grand chose en commun.

Soit Ezéchiel (Ze’ev Revach), grand-père octogénaire, qui coule des jours tranquilles avec sa femme Levana (Levana Finkelshtein), dans une maison de retraite de Jérusalem jusqu’au jour où Yana, une vieille amie du couple vient lui parler de la dernière volonté de Max, son mari en phase terminale d’un cancer : celle de mourir dans la dignité et au moment de son choix. Un vœu que l’équipe médicale se refuse à exaucer. Ezéchiel, sorte de Géo Trouvetou senior, ne supportant plus les souffrances de son ami se met alors à construire, avec l’aide d’autres retraités, une machine destinée à mourir en paix. Le succès de son invention dépassera ses attentes, en même temps que l’enceinte de l’hôpital.

 

Forts du proverbe yiddish « Si tu as faim, chante. Si tu as mal, ris », que les personnages appliqueront au pied de la lettre, Maymon et Granit définissent Fin de partie comme une « comédie noire », pensée pour faire tout à la fois rire et pleurer. Ce parti-pris comique est tout de suite acté par le public israélien grâce à la présence au générique de Ze’ev Revach (Ezéchiel), icône des comédies populaires en vogue dans les années 60 et 70 ; ces films « bourekas » (du nom d’une pâtisserie orientale) basés sur les stéréotypes ethniques et l’opposition entre séfarades et ashkénazes de manière aussi subtile que l’est la dose de sucre dans lesdites pâtisseries.

L’humour est ici heureusement plus digeste et n’atteint d’ailleurs sa cible que dans les moments où il cherche le sourire plutôt que l’éclat de rire. Cette bande de seniors ne tient pas le rythme du running gag qui trébuche donc plus qu’il ne court ; certaines blagues se voient de loin et le rire n’a alors pas la patience d’attendre qu’elles arrivent, la surprise est déjà de toute façon éventée. Et quand surprise il y a, on ne peut pas dire qu’elle soit bonne, à l’image de ce passage où tous chantent « Eretz Lahadam », le Pays imaginaire où tous rêvent d’aller car il est plus beau, car on y est plus libre, soit une métaphore de leur envie de mourir, alors que cette chanson parlerait en réalité du mensonge pur et simple que représente l’image d’Epinal d’un pays mythifié où couleraient en abondance le lait et le miel. Passage maladroit et à côté de la plaque dans tous les sens du terme.

 

Le côté comédie nous convainc à moitié et il en va de même pour le côté noir, qui ne l’est en réalité pas tout à fait. Après le cinéma en noir et blanc, puis le Technicolor, le cinéma est entré dans l’ère du gris et gris. Dans l’Antiquité, on se versait des cendres sur la tête en signe de deuil, aujourd’hui on les saupoudre sur l’image pour dire les temps sombres que nous autres, postmodernes, traversons. Fin de Partie ne déroge pas à la règle de la désaturation entre gris, marron et bleu pétrole pour signifier l’automne de la vie. Le drame est en effet plus pris en charge par l’image que par le scénario qui l’adoucit : la machine est actionnée par le patient, exit la question de la responsabilité, les patients sont tous lucides, au revoir le problème du choix. Tout le groupe est d’accord sur l’euthanasie envisagée comme une « mitzvah » (une bénédiction) et la seule qui manifeste son opposition est sénile. Fin de Partie slalome entre les difficultés liées à la mort et à la maladie, les dit mais ne les montre pas.

Ce n’est que quand il se recentre sur ce gang improbable de papis et de mamies, et leur amitié, qu’il nous rattrape par la manche – ils sont tout de même sympathiques ces retraités qui complotent pendant les parties de bingo et les petits-déjeuners au self.

Titre original : Mita Tova

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Durée : 95 mn


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