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Exposition Rodin et la photographie

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Eugène Druet, Edward Steichen, Jacques-Ernst Bulloz, Stephen Haweis et Henry Coles et quelques autres s´essayent à donner une seconde vie aux créations du plus célèbre des sculpteurs français du XIXe.

Les sculptures de Rodin étrennent une comtemplation admirative face aux détails. Tantôt en marbre, tantôt en bronze, tantôt en terre cuite, le statisme de ses œuvres met à nu le sens, le mouvement, la sensualité du corps. Rodin explore et crée un univers éblouissant de fixité. Main crispée et La Fatigue sont autant de sculptures magnifiques que de photos saisissantes permettant d’explorer à nouveau l’œuvre de Rodin grâce aux clichés d’Eugène Druet et Charles Bodmer.

Les photographies expriment la volonté de participer d’une tradition artistique sur le temps (l’instant et la durée). La question du modèle ne se pose plus puisque tout est figé. Seul le photographe permet et obtient une matière qui converge entre le minéral des sculptures et la solution chimique du développement. La symbiose s’opère mais le travail de réappropriation de l’œuvre est parfois décevant.

Certaines photographies n’offrent rien de nouveau et dénaturent les œuvres de Rodin. Leurs démarches visent à prolonger la vie des œuvres en les retravaillant grâce au négatif photographique avec du sépia, avec du lavis, avec l’exposition de la lumière ou en signant directement de leur nom sur le négatif. L’original sculpté apparaît nettement un ton au-dessus et le regard, à défaut d’être conquis par les clichés réalisés, souvent par des anonymes, se formate d’une vue biaisée et décontextualisée par certains photographes s’essayant à pareille entreprise. La position de l’appareil photographique adopte un point de vue, un angle avec un champ de visée. La sculpture en elle-même ne s’exprime plus dans sa tri-dimensionnalité mais dans une bi-dimensionnalité usurpée. La notion de création est remise en question puis questionnée.

Néanmoins, plusieurs œuvres photographies parviennent à conquérir et à déconstruire les sculptures de Rodin par un travail esthétique. Elles visent, pour le plus grand bonheur des yeux, à mettre en avant un style personnel, à souligner un style important de l’histoire de la photographie : le pictorialisme.

Edward Steichen, Stephen Haweis et Henry Coles ou encore Jean Limet ont réalisé des photographies magnifiques, ce dernier ayant tenté d’y incorporer la couleur. Les photographies de la Femme Accroupie, la sculpture de Pierre Wissant, sont bouleversantes. L’arrière fond, maginifiquement embrasé de flammes noires et blanches dans lesquelles les nuances de gris dansent et entrent en contact avec leurs contraires, parviennent à exploiter un original pour créer une œuvre ultime. La sculpture et la photographie en sortent indénaiblement grandies. La fixité musculaire, sentimentale ou mythologique (La Centauresse) laisse place à une autre œuvre toute aussi chargée d’émotion et de beauté. L’instant, qui remplace la durée est un moment de grâce. L’art photographique ne vampirise pas la sculpture mais la promeut : les sculptures originelles n’en sont que plus passionnantes à contempler, ressentir et observer.

Les quelques photographies d’Edward Steichen qui furent exposées lors de l’exposition dédiées aux photographes luxembourgeois (Edward Steichen, une épopée photographique) trouvent une seconde vie. La collection des photos sur les sculptures est plus complète et visuellement impressionnante. Les scultpures de Rodin deviennent des sources nouvelles d’inspirations.

L’art de Rodin n’est jamais si bien mis en valeur que lorsque les photographes s’essayent aux jeux de contrastes, de lumières et d’interpétations artistiques. Les réflexions de Walter Benyamin sur l’aura dans son célèbre livre L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique offrent un écho théorique intéressant en relation directe avec l’exposition. La durée laisse place à l’instant et le regard, rapport direct entre l’œil et un sujet donné, se substitue par une « vue » photographique, dogmatique et subjective face à l’œuvre. La réception des œuvres du passé est modifiée. L’unicité disparaît et l’épreuve face au monde se multiplie et se délite. L’authenticité s’évanouit.

L’exposition offre un large éventail de possibilités photographiques des sculptures. Certaines anodines, d’autres avec des annotations, plusieurs réellement impressionnantes, portée une recherche stylistique poussée. On ne reconnaît l’exceptionnel que dans la banalité ou l’expérimentation stylistique. Artistique dans sa démarche jusqu’au bout des ongles.


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