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Elle (Ten – 1979)

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Précédant « S.O.B. » de deux petites années, « Elle » marque le début de jours meilleurs pour Blake Edwards après une décennie 70 plutôt compliquée.

Comme dans Diamants sur canapé, il y a dans Elle une scène de fête d’importance. Ce motif, qu’Edwards a déjà étiré au plus fort de ses possibilités comiques dans The Party, instaure chez lui un désordre loufoque qui déborde les règles de la mondanité auquel l’alcool n’est jamais étranger. Placé en ouverture, totalement décentré mais véritable embrayage narratif du film, il marque ici l’amorce d’une désunion célébrée dans un plan sublime (« Ne m’organise plus d’anniversaire surprise. _Merci ! ») au sein du couple George Webber / Samantha Taylor (Dudley Moore / Julie Andrews).

 

Après cela, le film s’embarque dans une succession de tours et détours, mariant visions, rencontres, grandes frustrations et petites trahisons, faisant accomplir à son personnage de pianiste et compositeur immature l’itinéraire lui permettant de revenir, non pas au début, à ce plan où le couple, asymétrique (seul George est alcoolisé, ce qui le rend provocateur et grossier), est presque défait, mais juste à côté, dans une maison cette fois vide d’invités, là où envisager de pouvoir retrouver une forme d’harmonie à deux. De maison en maison (celle du voisin où l’on se livre à de constantes orgies, celle d’un ami parolier vivant près de la plage, celle de Samantha où il est reçu comme il le mérite), de l’église au cabinet du dentiste et de Los Angeles au Mexique, Edwards fait faire à son George Webber un grand tour de lui-même et de son désir, non sans accidents, sa grande course (peuplée d’aventures et de rencontres incroyables !) jusque chez lui où reconstituer enfin l’image brisée des premiers instants : celle du couple. Il aura fallu auparavant qu’il se répare – plus ou moins – lui-même.

George Webber vient d’avoir 42 ans et le vit très mal. Le visage et la silhouette d’une toute jeune mariée (Bo Derek) aperçue en voiture s’impriment en lui jusqu’à l’obsession, lui renvoyant la haine de son âge. Le choc de cette apparition se traduit aussitôt en acte, Webber, ayant détourné le regard trop longtemps, allant heurter un véhicule de police venant en sens inverse. Et comme si cela ne suffisait pas, l’officier qui le contrôle lui précise que son permis est périmé. A bon entendeur ! Cet incident n’est que le premier d’une longue série, Webber avançant de manière passablement ridicule et pitoyable dans la quête de sa chimère. Les coups et les chutes, drames et confrontations plus ou moins terrifiantes (le dentiste, au passage père de la jeune mariée, devant effectuer six plombages en une seule fois par manque de disponibilité, l’aileron d’un requin surgissant lors d’une invraisemblable séance de sauvetage en mer) répétant cette première occurrence (rappel à l’ordre de la réalité) viendront sans cesse rappeler avec une douce ironie au héros sa pauvre condition. Cette succession d’agressions donne corps à l’hypocondrie du personnage, en progressant vers toujours plus de délabrement (d’une piqure de guêpe sur le nez venant punir une petite séance d’espionnage dans une église à une incroyable chute dans son jardin, puis au passage chez le dentiste lui ôtant un temps sa capacité à articuler et se faire comprendre, ce qui donnera lieu à un épisode formidable). Il s’agit alors, par l’épreuve de cet agencement ironique, de faire basculer le personnage d’une image à une autre, de lui faire abandonner une posture infantile pour se mettre finalement au niveau de sa compagne Samantha.

Alors que le scénario évolue ainsi, suivant un effet d’amplification des malheurs de son personnage, la mise en scène s’attache à organiser le déphasage touchant le couple Webber / Samantha, enchaînant des scènes dont la tension comique s’appuie sur la dysharmonie du couple, avant de ré-agencer leur union. Le passage successif de leurs voitures dans le même plan passant au même endroit mais avec un temps de retard, l’échec à se joindre au téléphone après une dispute car chacun appelant quasi en même temps que l’autre tombe sur une ligne occupée, exploitent la blessure formée entre eux au cours des premières minutes. Un échange de regards par télescopes interposés entre la maison de George et celle du voisin l’exacerbe en mettant chacun face à ce qu’il ne voulait pas voir : l’immaturité d’un côté, l’exaspération de l’autre, les rejetant après cette reprise de contact plus loin encore l’un de l’autre. La mise à l’épreuve du fantasme par la réalité, George rencontrant au Mexique la belle mariée de ses rêves qui s’y trouve en voyage de noces, sera finalement le meilleur remède pour s’en séparer, alors qu’il fait le constat au plus près de son corps de la distance qui les sépare. Le cinéaste pourra alors ménager à son couple reformé l’une de ces courtes scènes dont il a le secret, où les postures sont finalement abandonnées pour laisser place, moment sublime, à l’expression d’une émouvante sincérité.

Titre original : 10

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Durée : 120 mn


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