Elle ne pleure pas, elle chante

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Psychothérapie en chambre blanche.

Froid, clinique, esthétisant… Ce second film belge partage bon nombre des clichés qu’on affuble volontiers à un certain cinéma d’auteur français qui se gargarise un peu paresseusement de ses jolis plans et d’une symbolique parfois creuse. C’est le cas ici d’une séquence, fort jolie au demeurant, mais passablement stérile car un peu trop platement allégorique : Laura, trentenaire totalement à la dérive, jouant pieds nus avec les débris du néon de cuisine qu’elle vient de briser. La caméra alterne entre ses orteils oscillant dangereusement sur les éclats et son visage étrangement apaisé. Personnage fêlé, sur la brèche, qui se fait plus de mal que de bien… On a compris le message. Ce n’est pas tant que la séquence soit mauvaise, mais elle ne trouve pas réellement sa place dans le film tant elle est l’illustration banale de quelque chose de déjà évident par ailleurs. Justifié peut-être mais redondant, joli mais inutile. Lourd surtout, dans le cas présent, un peu à la manière du titre du film.

Pour autant, cet enrobage auteurisant, sans doute rassurant pour le réalisateur – garant de la transposition romanesque (1), autant que du sérieux du sujet et de l’entreprise ? –, ne saurait résumer à lui seul Elle ne pleure pas, elle chante, qui trouve par moment une force et une cruauté rares. Celles portées par Laura, son personnage, et son entourage dont les rapports ne s’établissent que dans une tension constante dans laquelle l’attraction initiale appelle la brutalité en retour. Le coma de son père à la suite d’un accident (belle séquence d’ouverture) va libérer quelque chose en elle. Face à ce corps inerte, le mur du silence va se briser et Laura va pouvoir enfin parler, provoquer, reprocher. Maladroitement, mais salutairement. La chambre d’hôpital devient en quelque sorte pour elle cabinet de psy. Peu est dit finalement dans le film, mais le spectre du viol et de l’inceste est toujours glaçant, surtout quand le réalisateur place dans la bouche de la fille les anciens mots du père criminel.

Le film tente de pousser plus loin son malaise. Si la caractérisation sexuelle de Laura a un côté illustration de cas pour manuel de psychologie, ce sont les rapports familiaux qui marquent. Empreints de maladresses dans leurs descriptions (les idées sont souvent bonnes, mais parfois mal amenées), le neveu et la nièce sont autant miroir que contrepoint pour le personnage, la forçant à affronter certaines réalités et à se repositionner. Quant aux rapports avec la mère, ils offrent une violence insoutenable – alors qu’encore une fois peu est dit et pas un seul geste déplacé n’affleure l’écran – et une déstabilisation bienvenue pour le spectateur. L’espace d’un instant, le film gagne une ampleur inattendue, parvenant à renverser des certitudes un peu trop facilement admises et, dans le même mouvement, mettant en doute son propre renversement. Au finale, peu importe qui croire, qui a raison et qui s’aveugle. Seul importe le basculement, cette brève ambiguïté, mille fois plus forte que la symbolique trop littérale de certaines séquences.

Une image encore. Celle de Laura, assise dans le métro, noyée dans le quotidien bavard des conversations. Peu à peu, la bande son fait le vide. Les voix animées s’effacent et ne reste à l’écran que le roulement mécanique du train sur le visage impassible et blanc du personnage. Pas de recherche de symbolique, pas de sous-texte pesant, juste une confrontation entre une idée de mise en scène et le talent d’une actrice (Erika Sainte). Une image qu’on aimerait voir durer encore.

(1) Le film est adapté du roman Elle ne pleure pas, elle chante d’Amélie Sarn, publié en 2002.
 

Titre original : Elle ne pleure pas, elle chante

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Durée : 78 mn


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