DVD collection Comédie-Française

Article écrit par

Des grands classiques du théâtre français à redécouvrir dans des mises en scène un poil désuètes. Mais le jeu des comédiens vaut le coup d´oeil.

Trois DVD inédits viennent compléter la collection « Comédie-Française » des éditions Montparnasse, qui réunit des captations des années 1970 et 1980. Après L’École des femmes, Cyrano de Bergerac ou encore Lorenzaccio, c’est au tour d’Électre de Giraudoux (1971), des Fausses confidences de Marivaux (1971) et du Maître de Santiago de Montherlant (1973) d’entrer dans la danse.

Une tragédie, une comédie et un drame. Cocktail savoureux. Avec Électre, Giraudoux insuffle son humour noir au mythe antique et réécrit à sa sauce la légende des Atrides. Marivaux reste fidèle à lui-même et prouve, dans Les Fausses confidences, qu’il est toujours possible de badiner avec l’amour. Enfin, Henry de Montherlant – sans doute moins célèbre que ses deux acolytes – traite de vertu et d’abnégation religieuse dans Le Maître de Santiago.

On (re)découvre avec plaisir ces grands classiques du théâtre français, dans des mises en scène naturalistes dignes d’André Antoine. Ce dernier insistait pour que le jeu des comédiens soit aussi naturel que possible et chérissait, par-dessus tout, les décors réalistes. Son souci du détail éberluait parfois le public : il n’hésita pas, par exemple, à suspendre au plafond de véritables morceaux de viande pour Les Bouchers de Fernand Icres (1888). On ressent son influence dans ces mises en scène de la Comédie-Française : les décors richement ornementés (la neige tombe à gros flocons par la fenêtre du Maître de Santiago) et les costumes « d’époque » sont aussi imposants que kitsch (dans Électre, les personnages semblent tout droit sortis d’un album d’Astérix).

Difficile de croire que Brecht soit passé par là, tant le quatrième mur semble solidement implanté sur les devants de la scène. Pas de distanciation ici, mais l’impression d’assister à une « tranche de vie » méticuleusement reconstituée. Seuls quelques personnages (Dubois dans Les Fausses confidences, le mendiant dans Électre) franchissent parfois cette barrière invisible en s’adressant ouvertement au public.

Autres influences : celles de la télévision et du cinéma qui imposent leurs propres normes. Ces captations privilégient les gros plans et négligent les effets d’ensemble, qui caractérisent pourtant le théâtre. Mais à quelque chose malheur est bon : le spectateur peut ainsi profiter pleinement du jeu des comédiens. Micheline Boudet est parfaite en Araminte, subtil mélange de badinage et de passion naissante. Geneviève Casile campe une Électre à la fois obstinée et fougueuse, qui redoute la vérité autant qu’elle la recherche. Leur performance nous permet de passer outre des chichis de mises en scène qui paraissent, aujourd’hui, quelque peu surannés.
 


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..