Control

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La vie de Ian Curtis, leader du groupe mythique de rock anglais Joy Division. Tiraillé entre sa vie de famille, son épilepsie, sa gloire naissante et son amour pour une autre femme, Ian Curtis s’est suicidé le 18 mai 1980 – à la veille de la première tournée américaine qui s’annonçait triomphale. Ian Curtis a […]

La vie de Ian Curtis, leader du groupe mythique de rock anglais Joy Division. Tiraillé entre sa vie de famille, son épilepsie, sa gloire naissante et son amour pour une autre femme, Ian Curtis s’est suicidé le 18 mai 1980 – à la veille de la première tournée américaine qui s’annonçait triomphale.

Ian Curtis a changé le rock, sans le vouloir, sans le savoir.

« Control est un film personnel. Ce n’est pas un film musical, du moins pas pour moi ». Tels sont les mots prononcés en mai 2007 par Anton Corbijn, réalisateur de cette biographie non musicale du chanteur funèbre et poétique Ian Curtis. Etiqueté photographe de rock depuis de nombreuses années, personne n’était probablement plus disposé à relater la brève vie du chanteur de Joy Division que ce hollandais, immigré en Angleterre à cause de la sortie du premier album du groupe, Unknown pleasures. Pour « être plus proche de là d’où venait leur musique ». Et qui, deux semaines après son arrivée, les prenait en photo dans une station de métro.

Difficile de se remémorer un film sur un groupe de rock ou un chanteur ressemblant de près ou de loin à Control. Pas de délires psychédéliques à la The Wall, pas d’emphase sur un chanteur extrême comme celui des Sex Pistols dans Sid and Nancy. Et si le film Walk the line de James Mangold sur la vie de Johnny Cash fut réussi, il n’en était pas moins un peu tape-à-l’oeil en comparaison de la vie de cet autre grand poète. Tandis que Control sidère par sa sobriété et son humilité. Explication.

Hantant l’inconscient du rock depuis bientôt 30 ans, icône du mouvement new wave et cold wave, Joy Division fut le groupe phare d’une Angleterre post-industrielle déshumanisée. Quiconque connaît et apprécie Joy Division n’a pu que se laisser bercer par les boucles obsédantes de la basse, les riffs dentelés du guitariste, les rythmiques quasi militaires de la batterie, et bien sûr par la voix tombale d’un Ian Curtis habité par ses peurs innocentes. Cette douceur, cette sourde violence éteinte mais sous-jacente, Corbijn réussit par miracle à la visualiser et à lui rendre grâce, offrant alors non pas le portrait du groupe phare d’un mouvement musical, mais peignant le constat de toute une époque qui cherchait à fissurer le réel par le prisme de la musique. Une époque en faillite dont Ian Curtis était malheureusement le plus digne représentant.

Un des défis du film fut de dénicher la perle rare capable d’interpréter Ian Curtis. Conjuguer une fragilité créatrice et une force souterraine, endosser la carapace du héraut du post rock sans tomber dans une caricature de l’original, l’acteur et chanteur Sam Riley réussit tout cela et parvient même, lors des séquences de concert, à ressusciter l’esprit de Ian Curtis. Ce sont d’ailleurs des moments d’une incroyable intensité lorsque Riley entame sur scène « She’s lost control » ou « Transmission », chansons classiques du groupe, mimant à la perfection les gestes déconstruits de Curtis pendant les concerts. En cela Corbijn dirige parfaitement son acteur afin qu’il colle au plus près de son personnage. Et ce regard angoissé, ce visage enfantin flirtant avec l’impossibilité d’y arriver. Arriver à se contrôler, à contrôler sa vie, à contrôler sa maladie.

Mais cette prouesse d’acteur serait moindre si on avait eu le droit à un film plein de bruit et de fureur. On parle de rock n’ roll, il faut donc que ça swingue, que ça valse dans tous les sens, Sex drugs and rock n’ roll que diable ! Et Corbijn fait tout le contraire. A la timidité et à la pudeur de Ian Curtis, le réalisateur répond par une mise en scène mesurée, toute en retenue. Il n’envahit à aucun moment la sphère personnelle du chanteur, préférant scruter les failles et les influences de la vie quotidienne sur l’artiste. La caméra est alors juste le témoin et le confident invisible de sa courte existence. Cette pudeur et ce respect pour Ian Curtis et Joy Division, Corbijn va les pousser jusqu’à choisir le noir et blanc pour son film, car « leurs pochettes de disques étaient en noir et blanc et ils s’habillaient toujours dans les gris ». Un noir et blanc semi mat, ni trop froid, ni trop chaud, entre les rues déprimantes de Manchester et l’énergie de la new wave.

Cette reconstitution de l’âme torturée d’une icône du rock est à ce point fragile et sensible que l’on peut dire sans risque de se tromper que ce film deviendra, au fil des ans, une référence en tant que biographie cinématographique. Si on ne le savait pas encore, le rock n’ roll à fleur de peau existe, et on en a dorénavant la preuve.

Titre original : Control

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Durée : 120 mn


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