Ce que cette nature te dit

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Une présentation particulière

Donghwa, un jeune poète de Séoul, conduit sa petite amie Junhee chez ses parents, aux alentours d’Icheon. Émerveillé par la beauté de leur maison nichée dans un jardin vallonné, il y rencontre son père qui l’invite à rester. Au cours d’une journée et d’une nuit, il fait la connaissance de toute la famille et la nature de chacun se révèle.

 

Chaque film de Hong Sangsoo relève de l’expérience humaine et cinématographique. Ce long-métrage confirme brillamment par l’exemple cette opinion. Le film commence, après une scène en intérieur où nous lions connaissance avec un jeune couple – Donghwa (Ha Seongguk), un poète trentenaire bohème fils d’un avocat, et Junhee (Kang Soyi)- lorsque notre écrivain ramène Junhee chez ses parents, dans une imposante demeure à flanc de colline. S’ensuit ce qui devient une présentation officielle imprévue de Donghwa auprès de la famille de Junhee, alors que les jeunes gens sont ensemble depuis trois ans.   Néanmoins, le père de Junhee –  Oryeong (Kwon Haehyo) – ne se formalise pas de ce retard, et engage une conversation sur l’âge et la robustesse de la vieille voiture du fiancé, tout en lui demandant s’il peut l’essayer.  Ces premières minutes posent un cadre plutôt aisé, voire comique, lorsque Oreyong part avec la voiture aux alentours de la propriété, au grand étonnement des deux autres personnages.

D’autres rencontres et conversations auront lieu au cours de ce long-métrage, en plusieurs lieux et chapitres constituant autant de thèmes et dialogues variés (l’amour, l’esthétique, la spiritualité, la mort, la connaissance, la réussite sociale, l’ambition personnelle, la notion d’une vie réussie), filmés en divers intérieurs et extérieurs symbolisant le noyau familial (la salle à manger des parents), ou des locus amoenus propices à des confidences ou des méditations (la colline, la pagode et son temple). La demi-journée s’étendra sur plusieurs sites conversationnels, sur un mode assez détendu, en attendant le retour de la mère de Junhee, Sunhee (Cho Yunhee), poétesse aux ambitions littéraires sacrifiées. Junhee retrouve sa sœur aînée, la  Neunghee (Park Miso), à la sensibilité et à la maladresse exacerbées, tandis que Donghwa et Oryeong passent un moment ensemble au sommet de la colline dédiée à la défunte grand-mère de la famille autour d’un alcool et de cigarettes. D’autres instants s’écouleront avant le repas où tous se retrouvent réunis, un dîner au cours duquel la tension initialement latente explosera au grand jour. Les propos réitérés par la famille de Junhee concernant le rang social et financier du père de Donghwa, les questions sur son mode vie différent du leur, ouvrent les failles des personnages apparemment ouverts d’esprit, ce que laissait entrevoir au fil des séquences précédentes les dialogues et leur aspect implicitement inquisiteur. Les sourires masquent les préjugés, et les réparties prennent un tour âpre. Donghwa, l’artiste qui se veut-se croit-indépendant des contingences sociétales et familiales, se voit contraint d’affronter non seulement d’autres doxa, mais aussi, finalement, d’autres apparences que les siennes.

Tourné en une vidéo souvent floue, utilisant avec subtilité et par intermittence zooms et panoramiques, alternant fluidité, tranquillité, et brusques réactions, Ce que cette nature te dit donne l’occasion à son réalisateur de nous placer par ce filmage dans la vision du jeune poète myope portant ses lunettes par intermittence, comme pour souligner aussi les troubles de visions sur autrui dont souffrent tous les personnages. Ou bien encore comme si Hong Sangsoo filmait son long-métrage comme un vidéaste de mariage (un métier exercé d’ailleurs par Donghwa afin de survivre), afin d’assurer une captation de futurs souvenirs plus ou moins agréables des fiançailles officielles du jeune couple.

Écoutons, et regardons ce que cette nature nous dit: son créateur nous dévoile, entre thématiques familières et forme expérimentale, des latences exquises. 

 

Titre original : Geu jayeoni nege mworago hani

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Durée : 108 mn


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