Animal Kingdom

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Fruit d´un travail muri pendant huit ans, le premier film de David Michôd est une variation très noire du polar, déclinée autour d´une famille aux abois.

Josh perd sa mère, dans une scène d’ouverture assez remarquable. Beaucoup du film est déjà là : la capacité du réalisateur à immiscer l’horreur et la tension dans une scène à priori d’une grande banalité, cet immobilisme apparent de la mise en scène, ce travail de la durée dans le plan. Seul au monde, le jeune garçon est forcé d’aller vivre avec sa famille à Melbourne. Par son entremise, nous faisons connaissance avec une famille de criminels, trois frères, le meilleur ami de l’un d’eux et leur mère. L’action est déplacée dans une banlieue middle class et les personnages évoluent en intérieurs, forcés de faire profil bas, la brigade anti-criminelle de Melbourne n’attendant qu’un geste pour liquider le premier venu.

L’univers cinématographique de David Michôd est empli de loups, d’animaux sauvages cohabitant sous le même toit, une meute aussi imprévisible que belle parfois, cernée par une police pas moins dangereuse. Le banditisme n’est pas ici une tradition magnifiée, mais plutôt un moyen de survie comme un autre, destiné à des hommes pas plus malins ou courageux que la normale, sans morale ni panache. Le jeune Josh, rapidement immergé, ne révélera que très tard son obédience à cet ordre des choses, le spectateur suivant durant presque tout le film ce garçon quasi muet, dont on ne devine aucune pensée. Par ses évocations de la tragédie grecque, le film rappelle The Yards de James Gray, notamment par le biais de la mère, mi-Médée mi-incestueuse, en tout cas reine de la manipulation ; figure détestable et fascinante comme on n’en avait pas vu depuis un moment au cinéma.

La photographie, assez sublime, travaille des tableaux composés avec minutie, aux clairs-obscurs inquiétants. Les scènes s’étirent : point d’action ici, mais plutôt des fulgurances de violence, une bestialité contenue dans un environnement résidentiel offrant la normalité comme spectacle. Le cinéaste insuffle une tension, une inquiétude perpétuelle à son long-métrage et inscrit son film de genre dans une temporalité éthérée, presque anormale, au risque de décevoir certaines attentes. Pourtant, cet évitement des scènes décisives, cette volonté assez maitrisée de toujours repousser à plus tard les conventions du genre déplace le regard du spectateur aux abords de l’intrigue, loin d’une narration causale. En effet, bien que l’on devine que ça va mal finir – après tout, le film reste un polar –, la question sera ici de suivre le cheminement des esprits plutôt que les actes. Déconcertant, ce premier film a les grandes qualités de sa maitrise visuelle, ainsi que d’une interprétation générale très solide. Surtout, il est tout sauf anodin, collant à la peau longtemps après sa vision, entêtant et génant. 

Principalement parce qu’il s’en dégage une trouble fascination pour ces gens, et ce malgré quelques maniérismes (un usage vraiment excessif du ralenti notamment) et une baisse d’intérêt aux ¾ du film.  Il faut en tout cas déjà  reconnaitre à David Michôd une singularité plus que prometteuse.
 

Titre original : Animal Kingdom

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Durée : 112 mn


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