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Via Margutta

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Dans la veine des comédies italiennes, Mario Camerini nous propose un portrait doux amer de ces années de bohème.

L’envers de Vacances romaines

Sorti en 1960, ce film de Mario Camerini se présente un peu comme l’envers du décor de Vacances romaines de William Wyler qui, en 1953, avait donné un sacré coup de projecteur à Rome et à ce quartier alors très bohème. On se souvient bien sûr des sorties en Vespa du couple mythique d’alors, Gregory Peck et Audrey Hepburn, et du romantisme un peu mélancolique de ce film d’amour. Dans Via Margutta, le réalisateur montre plutôt l’envers du décor et situe dans ce quartier de peintres – l’équivalent romain de Montmartre – une bande d’amis artistes (surtout peintres) qui se débattent pour tenter de survivre ou de devenir célèbres par tous les moyens.

Camerini, maître oublié du cinéma italien

La sortie en salles du film est une excellente idée puisqu’elle permet de redécouvrir Mario Camerini, vraiment tombé dans l’oubli alors qu’il a marqué l’histoire du cinéma italien des années 30 aux années 70, traversant le fascisme, la guerre et le néo-réalisme. Via Margutta nous offre l’occasion de redécouvrir l’œuvre d’un cinéaste trop souvent réduit à l’artificialité de ses comédies légères réalisées sous le régime fasciste (appelées alors comédies des « téléphones blancs »), ainsi qu’à sa collaboration avec Vittorio de Sica, qu’il a contribué à faire connaître comme acteur au grand public (Les Hommes, quels mufles !, 1932). Riche d’une cinquantaine de films réalisés depuis les temps du muet jusqu’au début des années 1970, la filmographie de Camerini a donc contribué à écrire les pages les plus glorieuses de l’histoire du cinéma italien.

Une étude de la société romaine

Dans ce quartier près de la Piazza di Spagna et de la Piazza des Popolo, reconstruit en studio, on retrouve la bande d’amis qui vivote dans ce quartier, avant qu’il ne devienne trop touristique. Dans la veine du cinéma néo-réaliste italien, on peut comprendre Via Margutta à la fois comme une comédie dramatique et une étude sociologique sur les années italiennes du miracle économique. La portée satirique du film reconduit l’acuité à la fois douce et amère de son regard sur la petite bourgeoisie italienne, dont témoignaient les comédies des années 1930. Film choral, Via Margutta restitue à travers les personnages de Marta (Yvonne Furneaux), Donata (Antonella Lualdi), Stefano (Gérard Blain), Giosuè (Franco Fabrizi), Bill (Alex Nicol), Marco (Spiros Focas) et leurs acolytes, toute la bohème d’un quartier d’artistes du centre historique de Rome à l’aube des années 1960, avant qu’il ne devienne l’épicentre de la Rome touristique que l’on connaît aujourd’hui. Yvonne Furneaux, qui sera au centre du film de Federico Fellini, La Dolce Vita en cette même année 1960, dans le rôle de la maîtresse neurasthénique de Marcello, donne ici une composition à la fois crédible et hautement maîtrisée d’une mondaine chanteuse, fofolle et follement bien interprétée. On y croise aussi Gérard Blain, l’égérie de la Nouvelle Vague française, dans un rôle de composition de peintre maudit, ainsi que la belle Antonella Lualdi et le talentueux Franco Fabrizi qui faisait merveille lui aussi chez Federico Fellini en interprétant le rôle Fausto dans Les Vitelloni en 1953).

Tout près de chez les Fellini…

Le film s’ouvre et se conclut justement sur ce grand marché de l’art qui avait lieu aux beaux jours justement dans cette rue à ciel ouvert, presque devant la porte d’entrée de l’immeuble où Federico Fellini et son épouse, Giulietta Masina, s’étaient installés à la fin des années 60 et qu’une plaque de marbre signée Lalupa honore aujourd’hui en immortalisant leur présence en ces lieux.

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