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Un dimanche à la campagne

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Le film le plus touchant de Bertrand Tavernier.

Bertrand Tavernier réalisait une de ses œuvres les plus réussies et plébiscitées avec Un dimanche à la campagne, dont la spontanéité découle également des circonstances de production. Ne parvenant pas à monter un projet onéreux de Bertrand Tavernier avec Nathalie Baye nécessitant un tournage à l’étranger, le producteur Alain Sarde lui demande de songer à une œuvre plus modeste. Tavernier ne semble guère inspiré lors de cette entrevue tandis que Sarde remarque parmi ses affaires un exemplaire du roman de Pierre Bost, Monsieur Ladmiral va bientôt mourir (1945). Dépité, le producteur lui suggère d’adapter le roman. Tavernier lui rétorque que celui-ci est sans doute trop court pour en faire un film mais s’attelle néanmoins au script. Finalement très inspiré, il en tirera suffisamment de matière pour que Sarde lance finalement la production – en cela bien aidé par l’unité de temps et de lieu de l’intrigue.

 

Le film est placé sous le signe de la nonchalance et de l’habitude. Le vieux peintre M. Ladmiral (Louis Ducreux) accueille comme tant d’autres dimanche son fils et sa famille venus passer la journée avec lui à la campagne. Le rituel suit son court, les échanges sont amicaux, quelconques et attendus, chacun faisant preuve d’une bienveillance infantile envers le vieil homme. Les personnalités ternes du fils Édouard (Michel Aumont) et de son épouse Marie-Thérèse se révèlent dans les dialogues où dans la voix off littéraire à la Truffaut de Tavernier lui-même. Dans cette atmosphère ronronnante, la langueur du début d’après-midi semble déjà signifier la fin de la journée quand un ouragan débarque. Irène (Sabine Azéma), exubérante et énergique fille cadette de Ladmiral, vient bousculer l’ordre établi. Tavernier déploie alors une gamme de sentiments touchants dans une atmosphère joyeuse et feutrée où la saveur du moment accompagne également les interrogations de chacun. Irène, éclatante de joie de vivre, dissimule sous les rires ce que l’on devine être un dépit amoureux, Ladmiral voit lui sa fille préférée lui échapper de plus en plus tandis qu’Édouard, le fils modèle, souffre en silence de cette préférence affichée.

 

Tous les comédiens sont parfaits, notamment Sabine Azéma, qui rayonne et séduit devant la caméra de Tavernier (qui avait hésité à l’engager du fait d’un rôle plus introverti dans La Vie est un roman d’Alain Resnais en 1982), et Louis Ducreux, qui apporte quant à lui cette fragilité et ce décalage (sa petit fille coincée dans un arbre, il ne se préoccupe que de la préparation du thé) qui sied si bien à ce Ladmiral aimant et mélancolique. Pas de conflits ni de grands rebondissements dramatiques, tout passera par des échanges sensibles (le dialogue père/fille au bal où le conformisme du premier est remis en cause par la modernité de la seconde) ou des regards et des gestes à la dérobée bien plus révélateurs, capturés avec une recherche esthétique raffinée d’un Tavernier s’inspirant des impressionnistes dans de superbes compositions de plans où la photographie de Bruno de Keyzer fait merveille. Cette tonalité éveille autant la nostalgie des souvenirs d’enfance que la mélancolie du temps qui passe dans une belle harmonie. Joli moment qui offrira un de ses plus grands succès à Tavernier, notamment aux États-Unis.

Titre original : Un dimanche à la campagne

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Durée : 94 mn


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