Kyoto, à la fin de l’époque d’Edo. Deux samouraïs de clans ennemis luttent dans un combat sans merci jusqu’à ce qu’une pluie torrentielle s’abatte sur eux et qu’un éclair les éblouisse. À sa grande surprise, Shinzaemon Kosaka du clan Aizu se réveille dans le Japon contemporain, sur le plateau d’une série historique spécialisée dans le genre jidaigeki. Pris pour un figurant à cause de son apparence et de son comportement, le samouraï devient vite la coqueluche des tournages, avant d’être engagé comme cascadeur professionnel.

Junichi Yasuda, dont nous avions apprécié Gohan (2017), film réaliste non dépourvu d’une esthétique éblouissante sur le monde des exploitations rizicoles et de ses travailleurs via les changements sociétaux et les relations intergénérationnelles, nous livre via son dernier long-métrage une histoire captivante et pleine de charme, où un samouraï, Kosaka Shinzameon (exceptionnel Mayika Yamaguchi) affronte un rival d’un clan (Shoshu) opposé au shogunat durant l’ère Edo (1603-1868). Les deux samouraïs se rencontrent par une nuit sombre et orageuse et s’apprêtent à croiser le fer quand soudain, la foudre frappe et propulse Shinzaemon à travers le temps jusqu’à Kyoto, à notre époque. Il se réveille, regarde autour de lui, croit se retrouver à son époque, mais s’aperçoit que c’est une reconstitution d’Edo dans le cadre d’un tournage d’une série télévisée se déroulant à Kyoto. Shinzaemon est pris alors pour un figurant, prenant son rôle de guerrier vengeur un peu trop au sérieux. L’assistante réalisatrice Yuko (Yuno Sakura, touchante), après une blessure du samouraï le prend sous son aile, l’aide à trouver un médecin, puis un logement chez le prêtre du temple voisin (Yoshiharu Fukuda) et sa compagne Setsuko (Manko Kurenai). Ce lieu ressemble à celui du dernier affrontement effectué par Shinzameon. Le protagoniste s’acclimate à sa nouvelle existence, devient progressivement un figurant reconnu dans les films historiques, s’entraîne avec le maître d’armes Sekimoto (Rantaro Mine) et se lie d’amitié avec la vedette du film, Kyotaro Nishiki (Tsutomu Tamura). Lorsqu’un jeune réalisateur ambitieux décide de réinventer le film jidaigeki , il compte bien le faire avec un acteur légendaire : Kyoichiro Kazami (Norimasa Fuke), qui se révèle être en réalité Yamaga, son rival passé.

La première partie du film montre l’adaptation du samouraï : découverte des joies de la cuisine moderne avec les boulettes de riz blanc, émotion devant un épisode de dramatique télévisée, cours de maniement moderne du sabre avec le maître d’armes spécialisé dans les tournages, conversations touchantes ou drôlatiques avec le prêtre et sa compagne, affection croissante envers Yuko. Sa rencontre avec Kyoichiro Kazami, ancien acteur de jidaigeki, oriente le long-métrage vers un registre plus sérieux. Au cours de la rencontre entre Shinzaemon et Kazami, notre apprenti acteur refuse d’abord le rôle important qui lui est proposé. Kazami lui révèle alors sa véritable identité : Yamagata Hikokuro, le samouraï que Shinzaemon affrontait dans le passé, s’est retrouvé lui aussi dans le futur, mais dans les années 70. L’acmé du film trouvera sa résolution risquée pour ces deux personnages dans un duel filmé et filmique dont nous vous dévoilerons ni les moyens, ni l’issue.

Le Dernier vrai samouraï comporte de nombreuses qualités. En premier lieu par la variété de ses registres : le spectateur ressent une variété d’émotions allant de la surprise au larmes, du rire à l’empathie. Ensuite, le travail sur les costumes et les décors, très minutieux, évoquent les films de samouraïs d’antan. Jun’ichi Yasuda, crédité au générique pour des postes majeurs et nombreux (directeur de la photographie, responsable des effets spéciaux, monteur, scénariste, réalisateur et producteur) orchestre avec maestria ces différentes fonctions pour un résultat d’exception, stimulant les différentes trames narratives du film dans sa ville natale, Kyoto. Les acteurs interprètent avec talent leur personnage, quelle que soit la tonalité de la scène. Kosaka Shinzaemon, interprété par Makiya Yamaguchi, incarne dans la scène princeps un samouraï digne d’un Mifune. Les séquences de tournages télévisés ou cinématographiques, filmées avec réalisme et parfois avec un humour digne d’une satire sur le monde du grand et du petit écran, constituent finalement une mise en abyme, certes, mais aussi un hommage aux jidaigeki.
Film original, sensible, comique, Le Dernier vrai samouraï vous emportera dans un tourbillon de beauté et d’émotions, de réflexions sur la tradition et la modernité nippone, grâce à la maîtrise d’un artiste dont nous espérons le retour prochain derrière une caméra.





