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Twilight – Chapitre 3 : hésitation

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Troisième volet des péripéties amoureuses d’Edward et Bella, sans grande nouveauté sinon… une pointe d’humour plutôt bienvenue.

Ce n’est plus un secret pour personne : le principal moteur de la série des films Twilight n’est pas l’action, la grande Affaire sur laquelle est supposé s’appuyer tant bien que mal chaque épisode, mais tout le reste, c’est-à-dire presque rien. Par « presque rien », entendons les interminables atermoiements d’une jeune fille toute offerte à son amour de vampire mais se voyant confrontée aux problématiques d’un quotidien terne d’adolescente. Plus simplement, l’essentiel du charme de ces films repose moins sur le déploiement du spectacle (guerre des anciens contre les nouveaux vampires, des vampires contre les loups garous, des mortels contre les immortels…) que son désamorçage au profit d’affaires plus domestiques, de préoccupations et chipotages plus « ordinaires ».

Au jeu du presque rien, le premier volet reste assurément le plus convaincant, en raison de la coutumière et indispensable exigence pour toute série de travailler à la longue présentation / identification de chaque protagoniste. Ainsi se souvient-on non sans nostalgie des premiers regards entre Elle et Lui, l’une toute de mélancolie ado suite à l’emménagement chez un père qu’elle connait si mal, l’autre tout en beauté malade, jeune homme seulement en apparence, dont la présence dans ces couloirs de lycée semble vite inadéquate… Elle et Lui, love at first sight, donne-moi ta main, ton cœur, montre-moi ton monde, etc. Jusqu’à ce qu’enfin, passée l’heure et demie, sonne l’heure du défi, du geste confirmant bien que cette histoire a priori si commune est à la hauteur des légendes, que la rencontre d’Elle et Lui augurait surtout la promesse d’une aventure tellement supérieure.

                                                              

Comment, à partir de là, passée cette longue phase de mise en place, donner corps par la suite à un film d’intensité au moins égale ? Là fut la problématique du second volet, plus torturé, dénué du soupçon d’humour qui rattachait encore précédemment l’héroïne au monde des humains. Twilight – Chapitre 2 fut pour beaucoup une déception assez logique, ne serait-ce qu’en raison du changement de réalisateur (Chris Weitz, auteur du premier American pie et du sympathique Pour un garçon prenait le relai de Catherine Hardwicke, auteur de Thirteen, teen movie indé remarqué en 2003), mais surtout de l’évidence qu’à l’instar des Harry Potter, le projet de tenir la distance de l’adaptation à très court terme d’une série de best sellers était du genre franchement casse-gueule. Ne serait-ce qu’en raison du risque de dépassement du récit d’origine par une enfilade de séquences dévitalisées, une succession mécanique et froide de scènes à faire. Sans être tout à fait raté, Twilight – Chapitre 2 pointait plus tôt que prévu la grande limite du projet : une potentielle non cinégénie de ce qui s’avère être avant tout un hit de la littérature jeunesse contemporaine. Regarde-t-on Twilight avec autant de conviction qu’on l’a lu ? La beauté un peu fade de Robert Pattinson et Kristen Stewart n’entrave-t-elle pas l’adhésion pleine aux vacillements existentiels d’Edward et Bella ?

Ce troisième épisode a au moins le grand mérite d’ouvrir une nouvelle voie, susceptible à la fois de désamorcer le romantisme foncier ayant fait la force du premier volet tout en offrant aux comédiens de nouvelles perspectives d’incarnation de leur personnage : celle de l’humour franc, de la distanciation de chacun quant à son emploi. Non qu’Elle et Lui s’adonnent désormais aux clins d’œil face caméra et autres interpellations à peine masquées du spectateur, mais séduit le constat qu’Edward, le vampire flegmatique, gagne un peu en maladresse, que sa résistance à la demande de la désirable Bella de la faire enfin entrer dans son monde s’accompagne d’une gaucherie jusqu’ici non entrevue. De même, jamais Bella ne sembla aussi perdue dans ses sentiments, aussi hésitante dans ses élans. Surtout, un autre personnage, déjà mis en avant lors du deuxième volet, s’impose ici définitivement comme une figure de premier plan : Jacob, le loup garou bodybuildé.

                                                           

Chaque apparition de ce dernier est un moment de flottement, le fait qu’il ne se ballade que torse nu conférant à ses interventions une dimension érotico-fun toujours efficace. Ne fait aucun doute que tous ces effets de décalage sont recherchés, que ce détournement à peine sensible des codes établis par les premiers films est, sinon la marque d’une patte de David Slade – le signataire de ce troisième opus – au moins l’indice d’une prise de conscience du potentiel « comique » de toute cette histoire. Aucun cynisme dans cette distanciation, les enjeux restant clairement identiques (s’aimer malgré le risque de mort, préserver ce qu’il nous reste d’humain), mais quelque chose de l’ordre de l’ouverture, de l’élargissement des axes de lecture. Ou comment les films Twilight s’assument enfin pour ce qu’ils sont : faits d’une matière différente du récit d’origine, soumis à un autre langage, une autre rythmique, d’autres velléités de « mise en scène ».

Reste maintenant à dire si ce troisième opus est un bon film, si l’objet proposé est à la hauteur de son idée. Ce à quoi il faudrait honnêtement répondre… plus ou moins. Disons que Twilight – Chapitre 3, au même titre que le 1 et le 2, n’est pas l’œuvre d’un grand cinéaste, que manque cette fois encore une moindre personnalité derrière ces belles images. Le film se suit avec plaisir, les personnages – que nous connaissons bien maintenant – préservent tous leur petite spécificité, mais au sortir de la salle, perdure l’idée que décidément non, cette saga ne marquera pas autant les esprits que les illustres Aliens, Starwars et autres Terminator. Plus révélateur d’une évolution récente du rapport aux fictions de genre : au jeu de la comparaison avec une série télé telle que Buffy contre les vampires (1997-2003), pas sûr que le grand écran sorte gagnant. Sans doute parce que la télévision est désormais davantage propice à l’installation de chaque personnage dans un lieu, une temporalité nécessaires à sa progressive mise en valeur. Pour aller vite, disons qu’Angel et Buffy, qui vivaient grosso modo la même histoire qu’Edward et Bella, ont bénéficié du cadre fixe du lycée de Sunnydale, de l’accumulation de péripéties travaillant secrètement au fil des épisodes à renforcer leur amour, tout en confirmant son impossibilité. Que Willow et Alex, de faire-valoir sympas, eurent droit au fil des saisons à la redéfinition presque imperceptible de leur rôle. Là où Edward et Bella, et même ce bon bougre de Jacob, n’ont à chaque fois qu’un peu plus de deux heures pour douter, choisir, douter encore, s’engager…

                                                             

Il serait intéressant au final de faire un vrai bilan, lors de la clôture officielle de la saga, de revoir tous les films à la suite (rendez-vous lors de la sortie du coffret DVD), histoire de saisir au vol ce qui échappa peut-être à l’attention sur le moment, d’évaluer la progression de jeu de Robert Pattinson (qui par ailleurs a le mérite de n’en faire jamais trop, d’incarner son personnage sans surjouer cette fameuse mélancolie d’outre-tombe), l’affermissement progressif des expressions de visage de Kristen Stewart. En attendant, toute réserve mise à part, réjouissons-nous juste du fait que chaque épisode, pris pour lui-même, est à la hauteur de sa modeste ambition : faire partager avec une poignée de personnages sur caractérisés deux heures de surplace gentiment agité. Définition possible d’un bon divertissement, non ?

Titre original : Eclipse

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Durée : 124 mn


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