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The Duke

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The Duke, un film britishly british !

Présenté à la Mostra de Venise 2020, et dernier film du cinéaste Roger Michell, The Duke pourrait être résumé en ces simples mots : une histoire britannique. Britannique, d’abord, car il s’agit de la nationalité du réalisateur, récemment décédé en septembre 2021, connu notamment pour son film Coup de foudre à Notting Hill. Britannique ensuite par le choix des acteurs (Jim Broadbent et Helen Mirren), leurs accents, l’humour très « anglais », les décors, les références à la couronne etc. Britannique, enfin car il s’agit d’une histoire vraie, ayant eu lieu en Grande Bretagne en 1961. The Duke raconte le vol du portrait du Duc de Wellington de Goya par un chauffeur de taxi, Kempton Bunton — un sexagénaire atypique luttant pour divers acquis sociaux. Ce père de famille, peu dangereux, fut le seul et unique voleur de la National Gallery de Londres — sans doute cet événement méritait-il un film. Si, sans connaitre les détails de ce fait divers, l’on peut s’attendre à un film noir ou à un James Bond revisité, très vite le film déjoue nos attentes. Ce vol fait suite à une revendication sociale précise : celle visant à réclamer au gouvernement britannique la suppression de la redevance télévisuelle pour les anciens combattants de guerre. Ajoutons à cela que l’auteur du vol — quémandant des rançons au gouvernement — n’est autre qu’un retraité que l’on peine à prendre au sérieux. Cocasse isn’t it ?

Si le ressort comique est aisément assuré, il n’en demeure que The Duke multiplie les facilités scénaristiques. En filmant la famille de Kempton Bunton (le voleur), Roger Michell ne semble pas arriver à quitter une certaine binarité affligeante. Si le père a fait le deuil de sa fille décédée, la mère campe une position de déni mêlée d’aigreur. Si un frère est bienveillant, gentil et protecteur, l’autre est un semi-voyou, irrité, impliqué dans quelques affaires de trafic de stupéfiants. Bref, la thématique du deuil, la fratrie dissonante, les décors grossiers voire clichés sont autant d’éléments qui semblent disperser, dissoudre l’intrigue du film, à savoir le vol du Goya. Formellement, l’on peut regretter la surabondance des gros, voire très gros plans. Ceux-là semblent indiquer à un spectateur (jugé naïf) les moments d’émotions, de peine, d’empathie, de complicité. Quand le ton comique rend le rire naturel, Roger Michell, à l’inverse nous précise quand l’on doit s’émouvoir, s’énerver, se questionner. La bande originale du film — tout à fait appréciable — se caractérise par des chansons jazz et quelques musiques plus populaires propres aux années 60. Or, les moments de silence sont rares, et se font souvent les symptômes de la quête de rythme du réalisateur — appuyant en creux la pauvreté de la mise en scène.

Le moment du procès du voleur de tableau signe a priori le point culminant du film. Il s’agit de juger la culpabilité ou non de ce voleur retraité. Les aspects moraux, juridiques du vol, les questions de responsabilité sont néanmoins tués dans l’œuf. Roger Michell filme moins un procès qu’un spectacle et de fait, la tension est mort-née au profit d’un « tout est bien qui finit bien » quelque peu agaçant. En somme, si le film The Duke a le mérite de nous faire rire — grâce au jeu formidable de Jim Broadbent, et à un humour anglais plaisant—, il n’en demeure qu’il expose ses carences à mesure que l’histoire du voleur Kempton Bunton est racontée. Après avoir vu ce film, l’on comprend également ô combien il est difficile de mettre à l’écran une histoire vraie.

 

Titre original : The Duke

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Durée : 95 mn


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