Sans issue

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Chasse à l’homme à la « Taken » dans les rues madrilènes. Bruce Willis meurt en dix minutes, Sigourney Weaver s’amuse comme une folle.

Fourre-tout et bordélique, Sans issue a le mérite de ne pas se prendre au sérieux. Là où les producteurs, solennels comme tout, assurent avoir pensé le film comme thriller de cavale qui rendrait "hommage aux grands classiques qui ont marqué le genre" (on se demande bien lesquels), le réalisateur français d’origine tunisienne Mabrouk el Mechri semble plutôt disposé à s’éclater : en dix minutes, il fait mine de s’attacher à une relation père-fils contrariée, exécute bêtement l’inoxydable Bruce Willis et installe Sigourney Weaver en grande méchante. Rien que ça. Mabrouk El Mechri, c’est à lui qu’on doit JCVD, , vrai-faux docu sur Van Damme maladroit mais attachant, qui avait plutôt agréablement surpris il y a 3-4 ans. Rien de tel ici, le cinéaste s’ébroue comme il l’entend sur le terrain de jeu du film d’action. Aucune nostalgie d’antan là-dedans : inutile de chercher l’hommage à un quelconque genre, Sans issue est en totale roue libre et s’envisage comme entertainment pur et dur, sorte de to-do list de scènes "à faire" pour un Français à Hollywood.

Il y a bien un scénario prétexte : en gros, un jeune Américain en vacances en Espagne qui a 24 heures pour sauver sa famille séquestrée par des Israéliens pas contents que son père, agent secret de la CIA et qu’il croyait attaché culturel, ait mis la main sur une mallette de documents importants. En gros. Peu importe, puisqu’on n’y comprend pas grand chose, que ce n’est pas très intéressant et qu’on n’est pas là pour ça : il faut que ça avance, que ça mitraille, que la machine s’emballe. C’est le cas, et donc réussi de ce point de vue-là. Sauf que ça lasse aussi très vite et que l’interprétation est carrément approximative. Si on pardonne facilement quelques incongruités scénaristiques, on a plus de mal à voir Sigourney Weaver aussi mal dirigée, cheftaine trouble de la CIA qui n’aime rien tant que tirer dans le tas. Ça aurait pu, ça aurait dû être drôle, c’est surtout un peu gênant. Elle s’amuse comme une folle, serre très fort les dents et les poings : revival Ripley peut-être, mais on est loin d’un James Cameron ou d’un Ridley Scott. Quant à Henry Cavill, le nouvel acteur qui aime bien montrer ses abdos, on l’aperçoit torse nu le temps d’une scène, à peine.

Ce qui sauve Sans issue du naufrage, c’est son côté grosse production métissée : comédiens américains et britanniques donnent la réplique à des stars espagnoles inconnues ailleurs qu’en leurs terres, Roschdy Zem fait une improbable mais savoureuse apparition en agent du Mossad mi-ami mi-ennemi, et les courses-poursuites ont lieu dans Madrid, de la Puerta del Sol à la Plaza Mayor en passant par les arènes de Las Ventas. Une fois n’est pas coutume, l’action prend racine dans un seul et même lieu, plutôt que de s’éparpiller aux quatre coins du monde dans des décors de carton-pâte, à l’instar de la trilogie Bourne. Tourné intégralement dans la péninsule ibérique, Sans issue a au moins le mérite de rendre Madrid cinégénique comme jamais. Maigre consolation d’un film aux rebondissements pompiers, qu’on aurait aimé être plus qu’une version musclée du Routard en accéléré.  

Titre original : The Cold Light of Day

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Durée : 93 mn


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