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Robert Guediguian

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A travers ce coffret, découvrez l´intégrale des films de Robert Guédiguian, et décelez à travers cette filmographie un auteur français complet et atypique.

Robert Guédiguian est un réalisateur attaché à des valeurs. La première d’entre elles est celle de sa ville, Marseille. Il se présente comme un réalisateur « de quartier », et plus précisément celui de l’Estaque, où il est né. Il appartient donc à cette catégorie d’auteurs qui s’attachent à un domaine qu’ils connaissent bien, et ce afin d’illustrer des valeurs universelles. Depuis son tout premier film jusqu’aux derniers, on retrouve des thématiques bien distinctes, qui font de Guédiguian un cinéaste très particulier. Parmi ces thématiques, on note l’importance de l’engagement politique, du déracinement, et son attachement à une équipe technique et artistique soudée, aux allures de communauté créatrice.

L’exemplarité du quartier de l’Estaque lui permet de décrire la vie d’une classe sociale souvent laissée pour compte par les entités politiques, qu’elles soient de droite ou de gauche, et parfois par le cinéma. A la manière des cinéastes du réalisme poétique des années 30 (Marcel Carné, René Clair), il dépeint des personnages de la classe ouvrière viscéralement liés à leur pays et aux valeurs qu’il porte. De plus, il n’a pas peur de proposer une vision acerbe à propos des êtres qui quittent cette vie simple, si appréciable, en province pour la complexité et l’effervescence parfois vaine de la capitale. Ce quartier est donc l’affirmation d’une forte identité, la fierté ouvrière vis-à-vis de son territoire industriel, et l’accent (authentique) de Gérard Meylan, ainsi que les personnages qu’il interprète, en sont l’allégorie. Marius, dans Marius et Jeannette (son premier grand succès critique et populaire, en 1997), en est l’exemple type, masse virile monolithique dans son costume rouge d’ouvrier non engagé, et pourtant si fragile dans les bras de ce « petit bout de femme » qu’est Jeannette (Ariane Ascaride).

Les origines arméniennes de Guédiguian sont souvent évoquées par des interventions de personnages d’expatriés, ou dans certaines répliques, notamment avec le retour aux sources que propose Le voyage en Arménie (2006). Le film est un bon exemple de ce sentiment de déracinement développé à travers des films tournés précédemment dans le quartier de l’Estaque.
 

 
La seconde valeur est portée par son équipe, qui est avant tout son trio d’acteurs : Ariane Ascaride (sa femme), Gérard Meylan (son ami depuis le CM2), et Jean Pierre Darroussin. Ils ont fait 13 films ensemble. Mais aussi ses techniciens, par exemple Bernard Sasia, son monteur depuis Ki lo sa (1985) et Michel Vandestien, chef décorateur depuis A la vie à la mort (1995). Il y a bien entendu Agat Films, sa société de production créée en 1989, à l’occasion de Dieu vomit les tièdes, qu’il ne parvenait pas à faire produire.

Il existe aussi des exceptions, par lesquelles Guédiguian change de formule (lieu, thème, acteurs), notamment son dernier film, L’armée du crime, qui traite du groupe Manouchian (le film sortira courant 2009), et surtout Le promeneur du champs de mars (2005), film magnifique sur les six dernier mois de la vie de François Mitterrand, représenté comme un gisant. L’ancien président est interprété par Michel Bouquet, et on découvre que pour Guédiguian, l’importance de l’engagement politique de ses personnages n’est qu’un effet de miroir de sa vision du cinéma. C’est un film à part dans cette filmographie, car Guédiguian, ici, s’est détaché de son quartier de l’Estaque, afin de montrer la mort des grands idéaux socialistes, au profit du pouvoir de l’argent.

   

L’utopie communiste au cinéma, voilà une grande idée que Guédiguian a d’une certaine manière essayé d’adapter dans ses films. Cinéaste vivant sous le signe du collectif, un collectif du microcosme, de son quartier, de son trio d’acteurs et de ses techniciens et collaborateurs. Peut être, en s’entourant de la sorte, souhaite-t-il se protéger de cet idéal politique actuel qui le rebute tout particulièrement. Peut-être cela lui permet-il de continuer à rêver de cette utopie sociale qu’est le communisme.

Guédiguian est un cinéaste de l’intimité et des parcelles de vie, mettant en scène, la plupart du temps, ses personnages dans leur cercle personnel. Par conséquent, on observe souvent une nette importance des relations familiales, ainsi que celle du voisinage. Le quartier de l’Estaque est le quartier idéal pour illustrer les point de vue différents qui peuplent ce décors : la plupart du temps, les films se présentent presque comme « choraux », avec pour meilleur exemple La ville est tranquille (2000), son film le plus sombre. Le promeneur du champ de Mars, bien qu’il s’agisse d’un film historique (et non d’une fresque historique), en est aussi un bon exemple : le président est vu dans une posture d’homme affaibli par la maladie, constamment entouré de son docteur, de son garde du corps et de son biographe. D’une manière générale, on peut dire que les protagonistes vus par ce cinéaste se comportent, dans un cadre filmique, comme s’ils se trouvaient dans un cocon se resserrant ou éclatant selon leur exposition face à leurs conflits internes : « Chacun vit dans sa bulle, tout le monde s’ignore » (présentation de La ville est tranquille par Michel Ciment). Guédiguian ne ménage pas ses personnages, ni ses spectateurs, mais il les aime, et cela se sent.

     

La question du genre est intéressante chez Guédiguian : le drame social, l’histoire d’amour, la comédie, la fable, l’intrigue d’éducation, le drame historique, le polar, et d’autres s’entremêlent, pour donner lieu à une touche personnelle au réalisateur. Souvent, ses films semblent simples, mais permettent au spectateur d’être touché par ce qui concerne le réalisateur.

En somme, tout ce que veut Guédiguian, d’une certaine manière, c’est nous donner sa vision de la vie, par le truchement du cinéma, et ce afin de nous interpeller sur notre propre situation. Longtemps, les critiques ont comparé le cinéma de Guédiguian au réalisme poétique français des années 30, à La belle équipe de Julien Duvivier ou Les enfants du paradis de Marcel Carné, par exemple. Mais il semble qu’ils aient oublié le contexte actuel, si présent dans les films de Guédiguian. Ce qui en fait des films modernes et justes.

Titre original : Marius et Jeannette

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Durée : 100 mn


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