Rendez-vous à Kiruna

Article écrit par

Après « Les grandes personnes », comédie charmante et peu convenue, Anna Novion engage de nouveau Darroussin dans une aventure qui ne sort pas trop des sentiers battus.

Remarquée en 2008 avec Les Grandes personnes, présenté au festival de Cannes à la Semaine de la critique, Anna Novion remet le couvert, cette fois encore avec Jean-Pierre Darroussin : ce coup-ci, la mayonnaise ne prend pas bien. À nouveau en pays nordique, ici la Laponie en lieu et place de la Suède pour son premier long métrage (il est vrai que la réalisatrice est Suédoise par sa mère et dit aimer s’y ressourcer), mais pour une histoire autrement plus triste puisqu’il s’agit d’un père parti reconnaître le corps du fils qu’il n’a jamais connu. Le postulat de base est un peu bancal : comment reconnaître le corps de quelqu’un qu’on ne connaît pas? 

Jean-Pierre Darroussin, acteur assez prodigieux quand il est bien dirigé, est ici sous-employé, ou pas en forme, comme s’il ne croyait pas au film. Anna Novion présente un homme autoritaire mais renfermé qui, au cours de cette sorte de road movie lorsqu’il aura pris un jeune homme en covoiturage, changera et s’ouvrira au monde. Darroussin, dans cette sorte de médiocre téléfilm, ne nous offre que quelques expressions insipides, semble mal dans sa peau, pas à sa place, emprunté. Fagoté comme l’as de pique, on a du mal à croire qu’il est un architecte de renom, sorte de requin du béton armé qui, lorsqu’il apprendra qu’il vient de remporter un marché, aura un mesquin petit sourire anémique. Voix complètement éteinte, on dirait qu’il s’économise pour donner la part belle au petit jeune blondinet, Anastasios Soulis, à la figure raphaélique qui semble quant à lui irradier de l’intérieur même s’il est censé interpréter le rôle d’un jeune homme en mal d’amour. Un couple improbable donc, écrit sur le papier mais qui a du mal à s’incarner.

 

 
 
Pourtant, la réalisatrice et son acteur principal se sont donnés du mal puisqu’ils ont fait ensemble le voyage en voiture jusqu’en Laponie pour voir si le scénario pouvait passer pour véridique. On s’attend alors à voir des paysages renversants, des tableaux à vous couper le souffle. Même la photo ici s’économise et les décors ne sont qu’appartements sans âme et paysages urbains d’une tristesse infinie. Et, quand par hasard, on s’aventure à la campagne, on ne verra pratiquement que le bitume de la route parce qu’il faut qu’on se le dise, Anna Novion a voulu tourner un road movie. Et les road movies, c’est la chose la plus difficile à filmer au cinéma, c’est connu. On aurait tendance à le croire vu la lenteur et la pauvreté du scénario, dont la seule scène d’apothéose est la visite au grand-père du jeune homme dans laquelle tout passe dans le regard. Ça ne suffit malheureusement pas à sauver un film qui manque assez de souffle et d’inspiration.

Hormis la rencontre avec le grand-père, le film présente un autre temps fort : dans une forêt, Darroussin, qui s’explique par téléphone avec sa compagne rencontre un élan qui se laisse caresser et repart, comme un reproche vivant. La scène est très belle, justement parce qu’elle ne semble pas avoir été pensée. On la dirait presque naturelle, fortuite. La réalisatrice compare le passage de cet animal sauvage au passage d’une étoile filante merveilleuse qui permet alors à Ernest (si l’on n’arrive pas à se souvenir du nom de son personnage, c’est parce que Darroussin fait du genre en en rajoutant une couche dans le style nounours mélancolique et ronchon) de se libérer enfin de quelque chose. Mais de quoi ? Sans aller jusqu’à dire qu’elle sauve le film, cette séquence laisse augurer un autre avenir au cinéma d’Anna Novion si elle se décide à couper court avec ses racines nordiques qui plombent le film dans la mélancolie au lieu de le porter vers la comédie, genre pour lequel elle semblerait avoir plus d’empathie.

Titre original : Rendez-vous à Kiruna

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Durée : 107 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Cuba et Alaska

Cuba et Alaska

Sur le front deux infirmières ukrainiennes, surnommées Cuba et Alaska, décidées à aider les soldats et défendre leur liberté face à l’agresseur russe, connaissent le pire (le contact permanent avec la mort, la peur, la douleur des pertes et des blessures) mais aussi le meilleur (une camaraderie sans équivalent dans le monde des civils). Le rire et l’humour sont leurs défenses pour supporter ce quotidien angoissant.

Prix Jean Vigo 2026

Prix Jean Vigo 2026

Lors de la cérémonie du 6 juillet révélera le nom des lauréats des Prix Jean Vigo; un long et un court métrage de production ou de coproduction française. Alain Gomis se verra remis un Vigo d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.