My skinny sister

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Un premier film suprêmement interprété, mais vite rattrapé par son sujet.

Les premières minutes de My skinny sister ne sont pas de bon augure – l’héroïne, une petite fille peu encline à la communication, (forcément) complexée par ses rondeurs, est rejetée dans l’ombre de sa grande sœur, patineuse sur glace promise à un avenir brillant. Très rapidement pourtant, l’appréhension s’éclipse : pour son premier long métrage, Sanna Lenken ne cèdera pas aux sirènes du manichéisme, et les apparences se révèleront vite trompeuses.

Ce petit film surprend par sa manière de retenir ses effets le plus longtemps possible avant le fastueux déroulement d’un programme pourtant inéluctable. Le flou volontaire dans lequel baigne la première phase d’un récit encore ouvert à toutes les conjectures (quelle direction va-t-il emprunter ?) laisse progressivement place à une tension sourde et implacable, où le véritable enjeu se fait jour, telle une bombe à retardement, sans heurt ni impatience. À travers les yeux de la petite fille, le secret de sa grande sœur se dévoile peu à peu, au fil des interrogations qui naissent, relatives à son comportement : pourquoi est-elle de moins en moins à l’aide pendant les repas de famille ? Et, surtout, pourquoi se fait-elle vomir ? Dès lors, il est particulièrement regrettable que My skinny sister finissent par rejoindre ces projets maladroits qui, passés un point limite, se retrouvent toujours rattrapés par la teneur didactique de leur sujet. Ainsi, après une première moitié encourageante, le film emprunte une trajectoire plus balisée, soumise à cette intention de témoignage salutaire que le propos appelait trop ostensiblement. L’issue est regrettable, mais qu’importe : avant de tomber dans les ressorts du film à thèse, My skinny sister faisait du cinéma, et plutôt bien.

 
 

Si Sanna Lenken peut compter sur son duo de jeunes actrices exceptionnelles pour emporter l’adhésion, il n’en demeure pas moins que la mise en scène échoue absolument à faire corps avec sa thématique centrale, au potentiel pourtant passionnant. Comment une idée de pureté, une quête de perfection, peut-elle muer en acte de destruction? À quel moment se produit la fracture, le passage d’un état solaire d’affirmation de l’être (l’attention méticuleuse portée au corps et ses capacités de performance), à son versant obscur – une pulsion de l’effacement, de la désintégration ? Autant de questions qui ne seront pas plus traitées narrativement qu’esthétiquement par la jeune cinéaste. Pour autant, et conformément à ce que son titre laisse suggérer, My skinny sister reste avant tout la trajectoire initiatique d’une enfant – le cœur du projet n’étant pas tant la maladie d’une jeune femme que son impact indirect sur sa petite sœur, qui prend en charge l’énonciation du récit. Aussi, c’est par le lent et implacable effondrement de l’une, qu’en une sorte d’effet miroir, l’autre va progressivement franchir un cap, se développer, grandir. L’idée est belle, mais restera, elle aussi, à l’état de pure esquisse. 

Titre original : Min lilla syster

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Durée : 105 mn


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