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Partir un jour.

Vient un certain âge de la vie où les insouciances de la jeunesse commencent déjà à manquer. Simon et Julien, la petite trentaine, se racontent leurs 400 coups à l’occasion d’un week-end en forêt. Le groupe de musique, les projets de voyages après les études, et puis finalement non, rien n’a été fait, on s’est casé et le temps a passé. François Pirot, scénariste et dialoguiste dont c’est le premier long métrage, après plusieurs collaborations avec Joachim Lafosse (Élève Libre, Nue propriété), s’avère être un observateur assez subtil de la génération Y.

Les deux amis décident de partir à l’aventure sur les routes pour rattraper une vie de patachon jusqu’alors toute tracée. Simon a essayé  « avoir une petite amie, avoir un boulot stable » ; maintenant il peut dire que ce n’est pas pour lui.  L’objectif principal est la comédie de situation autour du mobil-home, véhicule maison dont les deux compagnons se font une odyssée. De ce rêve un peu naïf, la fuite en avant pour ne pas affronter le vide de son existence, le cinéaste belge fait un motif pas grandement original, mais savamment mené grâce à une écriture volage, soulignant peu les intentions.
Car les deux amis peinent à démarrer : problèmes d’argent, de fille qui s’accroche, parents pas d’accord, rien ne fonctionne comme ils l’avaient imaginé. Julien lui, voudrait partir pour penser un peu à lui après avoir été aux côtés de son père durant les années d’une longue maladie. Le jeune homme, dévoué et timide, pense trouver un peu d’insouciance et d’épanouissement loin de responsabilités (d’adultes) qu’il considère avoir largement honorées.

De son côté, le jeu un peu grossier d’Arthur Dupont est finalement l’incarnation la plus juste de l’ordinaire de son personnage. Simon est toujours un peu dans le faux-semblant, masquant son mal-être tantôt dans l’exagération ou la bêtise. Oscillant entre frustration artistique, fainéantise et charme facile, il se laisse un peu vivre jusqu’à ce que l’idée même du voyage exige une mise à plat de sa propre vie. Les tiraillements de l’homme un peu médiocre sont ici parfaitement suggérés, avec assez de tendresse cependant pour que le portrait ne soit pas aigre.

Le comique de situation de ces deux gars embarqués dans un véhicule parqué un peu partout, leurs blagues gamines et les travers de l’oisiveté sont goûteuses. Guillaume Gouix forme en à-coté un joli duo avec Jean-Paul Bonnaire. Leur cellule familiale réduite au maximum est réussie, encore une fois construite par touches, offrant en quelques scènes l’essence d’une relation père-fils fusionnelle.

La mise en scène, embarquée sur les routes de campagne, jouant de la joliesse de la nature environnante, encadre une fuite en avant heurtée tout d’abord, puis finalement complètement stoppée dans de grands angles composés. Pas de belgitude ici, on comprend juste à l’accent de certains personnages secondaires (et à la marques des bières !) qu’on est au plat pays, mais les lieux sont délibérément assez peu identifiables. Idée charmante qu’un road-movie qui peine à débuter, avec le sur-place comme meilleur moyen d’apprivoiser ce que l’on cherche à fuir. Faire le tour de sa vie, vider les meubles, vouloir retaper une grange, construire une véranda, tous les projets et métaphores architecturales sont bons pour comprendre que le chantier est énorme, la fuite vers l’ailleurs n’est pas à prendre à la légère.

La simple morale du film serait que le véritable voyage, c’est l’engagement qu’on prend : réparer le moyen de locomotion, gagner de l’argent, dire aurevoir, se détacher du superflu, renoncer à certaines illusions, accepter ses échecs, pour enfin, si l’on en ressent encore le besoin, partir. In fine, le voyage comme symbole aura muté : de fuite pour les garçons au départ, il deviendra une nécessité pour l’un des deux, l’obligation d’aller faire mieux ailleurs. Car le constat est peut-être un peu plus amer que les francs éclats de rire échappés durant le film : l’ailleurs, l’avant est cette inconnue d’une génération qui ne l’habite que par ses peurs, plutôt que par ses espoirs.
 

Titre original : Mobile Home

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Durée : 95 mn


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