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L’ordre moral

Article écrit par

Magnifique portrait d’une femme libre.

Actrice de sa propre vie

Le théâtre est au cœur du film de Mário Barroso.  Le décorum et l’agencement de la vaste demeure bourgeoise des Da Cunha, la place attribuée aux personnages qui s’y agitent rappellent autant certaines  conventions de l’art théâtral que celles d’une bourgeoisie  où tout est régit selon  des principes hiérarchiques et moraux. Au cinéma, la théâtralisation de la mise en scène prend le plus souvent des conations péjoratives de part la rigidité et l’absence de point de vue qu’elle suscite. Ici, la fluidité du découpage contourne avec élégance un tel écueil.  Dans certaines scènes, la superposition d’un cadre au cadre,  un trompe l’œil malicieux, met en exergue l’ambiguïté des situations,  Le théâtre sait l’art de feindre, pour paraphraser une citation de Fernando Pessoa qui attribue cette vertu à la poésie. Le théâtre est le  cœur de la vie Maria Adelaide Coelho da Cunha, riche héritière  et propriétaire du journal Diário de Notícias. Actrice de formation, elle interprète et adapte les textes classiques lors de représentations destinées à ses proches et aux notables qui l’entourent. Un moyen d’exprimer ses larmes, ses colères, ses douleurs que son statut de sage épouse lui interdit dans son quotidien. Un goût pour le travestissement qu’elle n’hésite pas à utiliser pour effacer son statut privilégié et venir en aide aux plus défavorisés. Lucide sur  l’inertie de la société portugaise, Maria Adelaide semble résignée à se satisfaire de ce double visage qui lui donne un semblant d’importance, jusqu’au jour où elle apprend que son mari entreprend de vendre son journal sans prendre en compte son refus. Elle décide alors de fuir avec son ancien chauffeur. Mais l’extérieur n’est pas forcément synonyme d’évasion. Son destin la rattrape. Internée dans un hôpital psychiatrique, elle va encore trouver la force de lutter grâce notamment au théâtre, en se lançant dans une représentation  Mademoiselle Julie de Strindberg.

 

 

Une histoire forte

Fort d’une longue carrière comme directeur de la photo, pour de notables collaborations avec Manuel de Oliveira et Raoul Ruiz, Mário Barroso excelle bien évidemment dans l’art pictural, dans la maîtrise d’une lumière naturelle qui ne cesse de rendre grâce à la force évocatrice des objets  et des décors. L’artiste se révèle également un excellent conteur, grâce à un sens du récit qui nous évite les écueils d’un tel projet.  Le combat pour la liberté mené par Maria Adelaide a connu une multitude de périodes, de rebondissements qui auraient pu donner naissance à un biopic programmatique. De nombreux moments ne sont pas évoqués ici, Barroso préférant restituer le souffle de Maria; sa passion pour la vie pour nous entraîner dans son sillage, campée par une Maria de Medeiros, riche de nuances et d’émotions. Cependant, la passion singulière entre Maria et son chauffeur mériterait d’être plus nourrie. Si le récit adopte le point de vue féminin et ne manque pas de souligner l’omnipotence du « sexe fort »,  un énième plaidoyer féministe nous est habilement épargné. Les personnages secondaires, aussi bien féminins que masculins, faisant preuve d’une malice pleine d’à-propos. L’ordre moral ainsi mis à mal ne peut que nous réjouir.

Lire également l’interview de Mário Barroso.

Titre original : Ordem Moral

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Pays :

Durée : 101 mn


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