Les Révoltés

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Un premier film suranné et apathique, à mille lieues de l’énergie que suggère son titre.

Scolaire, tel est le premier mot qui vient à l’esprit face à un objet aussi compassé que le premier long métrage de Simon Leclère. Les révoltés fait partie de cette catégorie d’œuvres dépourvues de la moindre passion, impuissantes à créer un imaginaire, où le manque d’engagement de l’auteur se traduit chez le spectateur par un sentiment en forme de sentence implacable : l’ennui poli.

C’est l’histoire de Pavel, 19 ans, partagé entre son travail à l’usine et ses escapades avec son amie d’enfance, Anja, dont il est secrètement amoureux. Alors qu’Anja se laisse séduire par le fils du patron, une annonce de plan social éclate à l’usine. Cette tentative de romance mâtinée de chronique sociale, bien que peu originale sur le papier, pouvait laisser espérer une belle intensité dramatique. Il n’en est rien. Les choses ne semblent pas naître et s’enchaîner naturellement sur l’écran, tout paraît forcé, pensé, trop écrit. Non seulement les deux trames s’articulent de manière très artificielle, mais elles sont respectivement très faibles en soi. D’un côté, une histoire de cœurs convenue, plutôt agréable à suivre grâce à ses interprètes, mais qui passe à côté de son véritable sujet (interroger la fragile frontière qui sépare l’amitié de l’amour). De l’autre, un ersatz de film social sur fond de délocalisation, laborieux et désincarné, conté avec une telle platitude que le jeune cinéaste ne semble à aucun moment concerné par ce qu’il raconte. Telles sont les composantes d’un film qui semble déjà vieux avant même d’avoir eu l’opportunité de grandir.
 

Au cœur des Révoltés subsiste pourtant cette belle idée, qui semble dévier le film de sa trajectoire toute balisée : c’est en s’extrayant du monde que le héros pourra enfin avoir prise sur les événements. Simon Leclère la laisse néanmoins à l’état de pure esquisse théorique, et son film retombe aussitôt sur de nouveaux rails. Sur le plan visuel, rien ne semble intéresser davantage le cinéaste que la rivière, cet élément charnière de la narration où les destins de Pavel et d’Anja seront à jamais scellés, entre mort et renaissance. Les seuls moments remarquables du métrage sont liés à ce motif, et l’imagerie symbolique qu’elle charrie. Le superbe plan final en atteste, mais se révèle bien trop esseulé au sein d’une mise en scène aux allures de téléfilm. Au final, il n’y a guère que Solène Rigot, fragile et lumineuse, pour insuffler un semblant de vie et d’émotion dans ce projet frileux, ployant sous une modestie de façade qui dissimule mal l’académisme figé de l’entreprise.

Titre original : Après la bataille

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Durée : 120 mn


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