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Les Femmes du 6e étage

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Philippe Le Guay livre un feel good movie en bonne et due forme, estampillé comédie française de qualité. Où comment transcender une histoire aux apparences désuètes voire démago pour en tirer un film léger comme des bulles de champagne, qui doit aussi sa réussite à sa formidable palette d’acteurs.

Que ce soit à l’écriture ou à la réalisation, Philippe Le Guay distille sans faire de bruit, mais depuis presque vingt ans déjà, une filmographie mainstream faite avec une intelligence certaine et la subtilité d’un Salvadori. Parfois dans un registre dramatique comme avec le huis-clos inquiétant Trois huit (2000), mais plus souvent par le biais de comédies sociales, traitant du rapport à l’argent dans Le Coût de la vie (2003) ou encore de la quête du bonheur avec Du jour au lendemain (2006).

Cette fois ci, le cinéaste inscrit son film dans le contexte du début des années 60, quand des cohortes de femmes ibériques fuyant le franquisme venaient trimer comme "bonnes à tout faire" pour le compte de la bourgeoisie du 16e arrondissement. Porté par un regard tendre et amusé, Les Femmes du 6e étage met en scène le télescopage entre ces deux univers que tout oppose et qui se côtoient pourtant quotidiennement sans jamais rien partager si ce n’est le rapport patron/employée. Jusqu’à ce que le patron en question, agent de change à la ville (Fabrice Luchini dans ses petits souliers), se prenne de passion pour cette communauté espagnole vivant au coeur des immeubles haussmanniens dans les bien nommées chambres de bonne. À travers les beaux yeux de sa femme de ménage (la ravissante Natalia Verbeke), mais pas seulement, il découvre avec curiosité un environnement exubérant et une joie de vivre loin du carcan imposé par son statut et son milieu social.

Le film semble surfer sur cette tendance rétro mâtinée de résonnances actuelles qu’adopte le cinéma comique français ces derniers temps (Potiche, Les Emotifs anonymes entre autres). On traite le passé pour mieux décortiquer l’air du temps, souvent avec une certaine forme de nostalgie. La mode cinématographique hexagonale serait-elle aux réacs de gauche ? Là où Ozon utilisait le pastiche kitsch (et pas toujours très drôle d’ailleurs), Le Guay enchaine les stéréotypes de classes dans un monde utopique adouci puis fusionnel où le bourgeois froid et coincé s’entiche de ces bonnes du 6e chaleureuses et généreuses. Les ressorts sont balourds, pourtant un souffle de fraicheur parcourt le film tout du long. Et l’ensemble fonctionne à merveille, débordant d’énergie et de vitalité sans qu’on puisse jamais le taxer de passéisme.

Ce pari difficile est réussi à plus d’un titre. D’abord parce que le réalisateur va au bout de ses intentions et joue, non sans légèreté, avec un certain premier degré et des bons sentiments totalement assumés. S’il n’évite pas quelques moments de mièvrerie, cet amour improbable n’en demeure pas moins touchant. Le cadre est certes caricatural, mais jamais le traitement. Il évite ainsi habilement tous les pièges qui se dressent devant lui : la parodie, la satire grossière, la leçon de morale facile ou la moquerie. Toutes ces embuches sont désamorcées par l’humour, mais aussi par l’affection évidente que le cinéaste voue à ses personnages, patrons et femmes de ménage sur un même pied d’égalité. Une histoire puisée dans ses propres souvenirs d’enfance, à laquelle on croit finalement  et ce malgré une trajectoire convenue.

Le film s’appuie sur une écriture ciselée et des dialogues subtils qui viennent soutenir cette alchimie. À l’image du personnage nuancé de Sandrine Kiberlain (excellente comme toujours). Il doit également beaucoup à la qualité de sa distribution. Le couple Luchini/Kiberlain donc, et surtout la pléiade d’actrices espagnoles épatantes, dont Carmen Maura l’une des favorites d’Almodovar, qui irradient l’écran par leur évidente complicité. Qu’elles incarnent une bonne courageuse, bigote ou révolutionnaire, on s’amuse avec elles, et ces femmes du 6e ne sont pas loin de nous emmener au 7e ciel !

Titre original : Les Femmes du 6e étage

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Durée : 106 mn


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