Le prix du passage

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Le prix du passage est à entendre de diverses manières, mais ne se réduit finalement pas seulement à un simple deal.

Deux mondes se rencontrent

Assistant sur Indochine en 1991 et Pétain en 1992, Thierry Binisti réalise un court-métrage, Le livre de minuit, en 1996 et passe ensuite à la réalisation de trois longs-métrages de fiction, L’Outremangeur en 2002 avec un étrange rôle pour Eric Cantona ; le délicat Une bouteille à la mer en 2012 avec la sensible Agathe Bonitzer et enfin, cette année, Le prix du passage qui impose à l’écran deux figures du cinéma contemporain, Alice Isaaz et Adam Bessa qu’on avait découvert récemment dans Harka de Lotfy Nathan. Le prix du passage nous propose une histoire originale autour des migrants de Calais qui désirent à tout prix passer en Angleterre. Son film permet à deux mondes hermétiquement séparés dans la vraie vie de se croiser et de s’allier : celui des migrants et celui des cas sociaux que le néolibéralisme laisse sur la touche avec des fins de mois plus que difficiles. Natacha, 25 ans, jeune mère célibataire galère pour élever son fils Enzo, 8 ans. Walid, lui, attend de réunir assez d’argent pour payer son passage vers l’Angleterre à lui et à son frère. Parce qu’elle ne peut même pas trouver les 2000 euros pour faire réparer sa chaudière et qu’elle vient de se faire renvoyer du bar où elle travaillait, ils improvisent ensemble une filière artisanale de passages clandestins. « À l’origine du projet, déclare le réalisateur dans le dossier de presse du film, il y a l’expérience que la scénariste Sophie Gueydon a eue d’abord à Paris puis dans le Nord de la France, près de Calais. Elle y a passé beaucoup de temps, en travaillant dans des associations, et en nouant des liens avec les migrants qu’elle a rencontrés. Son propre vécu, sur place, nous a été précieux à la fois pour l’écriture et la fabrication du film même s’il a fallu réactualiser le récit après le démantèlement de la jungle. »

  

 

Une manière de se sauver

De cette trame pourtant un peu convenue, Thierry Binisti parvient à tisser une histoire singulière pleine de rebondissements et d’invraisemblances qui s’acceptent facilement si l’on considère ce film comme une fable, un conte d’amour dans notre monde de plus en plus matérialiste et individualiste. En acceptant ce qu’elle appelle pompeusement ce deal, la jeune Natacha, à qui Alice Isaaz prête son visage et sa colère non feinte, va découvrir un monde de solidarité auquel elle ne prêtait pas attention jusque-là, trop prise dans ses problèmes d’argent et de famille, entre son ex qui la surveille encore de près, sa mère un peu trop intrusive et son jeune fils qu’elle voudrait pouvoir choyer et bien élever. Le réalisateur évite astucieusement de faire de son film une histoire d’amour avec un happy end car, même si l’on sent une attirance et même une sorte de tendresse voire d’amour entre les deux personnages centraux du film que tout sépare et que les passages clandestins réunissent, il ne franchit nullement le pas et, lorsque Natacha partira avec son fils retrouver la Sicile dont elle rêve, elle contactera Walid par l’intermédiaire d’un téléphone portable depuis le bateau pour lui montrer la mer Méditerranée alors qu’il est enfin en sécurité grâce à elle dans sa famille à Londres. Un beau film, bien dirigé, bien éclairé et sans afféteries qui redonne une âme à notre monde moderne et nous permet de croire encore un peu à l’humanité. 

 

 

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Durée : 100 mn


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Quittant la rade de Toulon et l’atmosphère délétère et gangrenée qu’il instille dans « L’étrange monsieur Victor », Jean Grémillon choisit celle, embrumée, de Brest où il s’attelle à dépeindre l’ épopée maritime tumultueuse des sauveteurs des cargos en perdition. Le réalisme est saisissant, porté par la romance chavirante du réalisateur et la poésie incantatoire des dialogues de Jacques Prévert.