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Le mois du documentaire

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Organisé par images en bibliothèques, le Mois du Film Documentaire s’annonce riche de découvertes.

Le documentaire proche de nous.

Si tu ne viens pas au documentaire, le documentaire ira à toi. Telle peut être la devise du Mois du Doc, qui fête cette année ses vingt ans d’existence. Tout le mois de novembre, ce n’est pas moins de 1400 films, accompagnés parfois de leur réalisateur, qui se déplacent aux quatre coins de l’hexagone, et pas que, puisque l’événement prend également ses quartiers en Afrique.

Formidable témoin de notre quotidien, le documentaire vient à notre rencontre. Logique, me direz-vous. Oui, mais cela n’est rendu possible que par une démarche de diffusion singulière. En plus des salles de cinéma « classiques », des structures sociales, des médiathèques, des structures éducatives, pour ne pas toutes les citer, vont accueillir le nombreux public. Voilà un bien bel exemple d’engagement citoyen. Tickets d’entrée qui ne dépasse pas 5 euros, gratuité d’un bon nombre de séances, la démocratisation n’est pas un vain mot.

Pour connaître le programme qui vous attend près de chez-vous, rien de plus simple ; le moteur de recherche géographique du site mois du doc.com s’apprivoise très aisément. L’inauguration à laquelle nous avons été conviée a permis de découvrir le très touchant Les vaches n’auront plus de nom, le documentaire qu’Hubert Charuel a tourné juste avant son Petit paysan.

Pour nous présenter en détail ce Mois du documentaire, nous avons interviewé Mariane Palesse, déléguée générale de l’association Images en bibliothèque.

Le festival a aujourd’hui vingt-ans d’existence, comment un tel projet a t-il pu voir le jour ? Quelles en ont été les grandes évolutions ? (Je pense notamment au développement des lieux d’accueil pour la diffusion des programmes).

Le Mois du film documentaire est né avec l’envie de faire découvrir la richesse de la création documentaire au plus grand nombre, en particulier en s’appuyant sur le travail fait par les bibliothèques. Car il s’agit d’une particularité française, depuis plus de trente ans, les bibliothèques ont des collections de films documentaires très importantes et organisent des projections pour les faire découvrir aux publics. C’est pourquoi notre association « Images en bibliothèques », qui accompagne ce travail de diffusion de films, a lancé ce festival avec l’aide et la complicité du ministère de la culture et du CNC.

Dès le départ, nous avons voulu soutenir les sorties en salle et développer des passerelles entre les bibliothèques et les salles de cinéma. Nous sommes ravis de voir qu’aujourd’hui la manifestation se déroule dans 400 cinémas. Le mois de novembre est devenu un temps fort pour les sorties en salle de documentaires et favorise les passerelles entre les lieux. Cette complémentarité permet notamment de proposer une programmation diversifiée : films récents, de patrimoine, productions cinématographiques ou télévisuelles, etc. L’envie de toucher le maximum de spectateurs nous préoccupait. C’est pourquoi il nous a semblé essentiel d’inviter à participer toutes les structures culturelles et éducatives mais aussi les structures du champ social. Grâce à leur participation, des projections ont également lieu dans les écoles, collèges, lycées, universités, mais aussi dans des prisons, des hôpitaux, des foyers ruraux, des centres d’accueil de migrants… Cette diversité de lieux au service d’objectifs communs fait partie de l’ADN du Mois du doc, tous souhaitent faire découvrir de beaux films et proposer des moments d’échanges conviviaux avec les spectateurs.

Pouvez-vous nous présenter les nouveautés ou les points forts de cette nouvelle édition ?

Nous initions cette année un travail autour de l’audiodescription en nous appuyant sur des associations remarquables, comme Retours d’images ou Le cinéma parle. Des ateliers ainsi que des projections avec une audiodescription en direct auront lieu dans une dizaine de lieux, permettant ainsi d’inviter des personnes non voyantes. Nous faisons le constat regrettable que les publics malvoyants et malentendants ont peu accès aux documentaires. Beaucoup de films documentaires ne sont pas audiodécrits ni sous-titrés. C’est pourquoi, modestement, nous essayons de contribuer à faire évoluer cette lacune. Cette année, nous mettons l’accent sur l’audiodescription, mais nous espérons développer également les séances sous-titrées pour malentendants.

Ces séances d’audiodescription sont aussi des occasions incroyables pour parler de cinéma. Comment décrire ce qui se passe à l’écran, sans être redondant avec toutes les informations qui sont transmises par la bande-son ? Si l’on s’attarde un peu sur la question, on se rend compte que beaucoup d’informations et de sensations passent par le son. L’audiodescription est une traduction de ce qui passe par l’image, et doit révéler un regard, une expérience de cinéma. Trouver les mots justes, en dire suffisamment sans être trop bavard, positionner sa voix sur la bande-son…  il s’agit d’un travail de création d’une très grande finesse.

Un autre temps fort est le festival Best of doc qui aura lieu 20 au 26 novembre dans plus d’une trentaine de salles de cinéma. Pilotée par La Cinémathèque du documentaire et Documentaire sur grand écran, cet événement permet de revoir en salles 16 films parmi les meilleurs documentaires sortis en 2018. Etant donné le nombre important de sorties salle, les films peuvent rester peu de temps à l’affiche. Best of doc est l’occasion pour aller voir un film que l’on aurait loupé ou revoir des documentaires qui nous ont marqué.

Un autre élément important du Mois du film documentaire est le développement des séances pour les jeunes publics. Environ 750 spectateurs avaient moins de 6 ans l’an passé ! De nombreuses séances sont organisées pour les enfants, accompagnées de temps d’échange et de jeu pour initier une discussion sur l’image, le cinéma et le réel. Des projections ont également lieu dans des collèges et lycées. Des médiathèques proposent également des ateliers de réalisation de films documentaires.

Les cinéastes seront au rendez-vous : plus de 500 cinéastes prendront les routes de France pour aller présenter leurs films. Parmi eux, Laëtitia Carton (Le Grand Bal, La Pieuvre, J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd…), Jean-Gabriel Périot (Une jeunesse allemande, 200 000 fantômes, Nos défaites…) et Stefano Savona (Samouni Road, Place Tahrir, Spezzacatene…) seront en tournée nationale.

Parmi les thèmes abordés, ils sont très divers… Cette année, il y aura beaucoup de programmations autour des arbres et de la forêt, avec des films comme Le Temps des forêts de François-Xavier Drouet ou Arbres de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil. Des programmations engagées, notamment avec la circulation de films de la section Impact du festival Fipadoc comme par exemple Thousand girls like me de Sarah Mani ou Coming out de Denis Parrot.  Des programmations sur l’architecture, les arts, des rétrospectives de cinéastes… La programmation est vraiment variée et très riche.

Dans l’ADN du festival on retrouve, me semble t-il, des valeurs comme la citoyenneté, la proximité. Est-ce également votre avis ? Quelles sont les autres dimensions qui définissent la philosophie du Mois du Documentaire?

Oui tout à fait ! Cette dimension est importante pour les lieux participants et les organisateurs. Le documentaire invite au débat et les projections sont très souvent suivies de discussions passionnées. La convivialité est aussi très importante : le Mois du doc cultive un état d’esprit chaleureux et festif. Les buffets, ciné-soupe, repas et auberges espagnoles font pleinement partie de la manifestation !

Je pense que cet état d’esprit est lié à la façon dont est organisé le Mois du doc. Nous veillons à ce que ce ne soit pas une programmation nationale décidée « d’en-haut » mais un événement organisé conjointement par un réseau de professionnels qui mutualisent moyens et énergies pour un projet commun. En tant que coordinateur, notre rôle est de les fédérer, rendre compte des expériences, faciliter les partenariats, et aider à la mise en place des projets. Nous sommes soucieux de préserver un espace où chaque participant est partie prenante du projet et peut monter librement sa programmation, expérimenter des dispositifs, proposer des événements originaux…

La pérennité du festival démontre un véritable succès public. Même si c’est sûrement très difficile de mesurer une telle audience avec précision, avez-vous des indications sur ce sujet ?

Il y a un public fidèle au Mois du film documentaire pour qui le mois de novembre est un rendez-vous pour aller voir des films. Et chaque année, la manifestation touche de nouveaux spectateurs. C’est en effet difficile de mesurer très précisément l’audience mais les participants nous transmettent un bilan avec le nombre total de spectateurs ayant suivi les projections qu’ils ont organisées. De cette façon, nous avons une idée générale mais réaliste du nombre de spectateurs, qui tourne autour de 150 000 personnes.

Faire venir le public à une séance de documentaire n’est pas facile, mais on constate une vraie évolution au fil des années. Les participants développent leurs publics sur le long terme. Et les séances sont très souvent une belle découverte pour les spectateurs. Certains viennent intéressés par le sujet du film et découvrent une œuvre, avec un regard d’auteur. Nous entendons souvent à l’issue des projections « où peut-on voir d’autres films comme celui-ci ? ». Le Mois du film documentaire permet réellement de toucher un public très large, tant d’initiés et que de néophytes.

Depuis quelques années le documentaire occupe une place plus importante sur nos écrans. À la télévision, avec l’exemple d’Arte, votre partenaire cette année, ou de Netflix qui présente un très large catalogue. C’est également le cas du cinéma qui semble se rapprocher d’une recherche du « réel ».  Comment expliqueriez cette tendance ?

Le documentaire ne cesse de se renouveler, la production est très riche et cela attire la curiosité. Je pense que cela explique l’intérêt croissant pour le documentaire. D’autre part, il y a aujourd’hui un vrai désir de s’interroger sur le monde, avec une volonté de confronter son point de vue. La profusion d’images « du réel » est importante avec internet et la multiplication des écrans et des canaux de diffusion. La plupart des gens produit des images et les diffuse via les réseaux sociaux. Face à cette profusion, le cinéma et les projections collectives, apportent recul et discernement. En ce sens, l’éducation aux images et au cinéma est essentielle car elle permet de mieux appréhender toutes les images du réel.

Que peut-on vous souhaiter de plus que le succès pour cette nouvelle édition ?

Que cette édition soit un succès mais aussi une nouvelle étape pour la suite : que l’ensemble des participants continuent d’organiser des séances, de proposer des rencontres, de faire ce travail remarquable sur leur territoire et auprès de leurs publics. En bref, qu’ils aient les moyens et l’envie de poursuivre ! Et que les cinéastes continuent de créer librement pour nourrir les imaginaires et les pensées !

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