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Le Dernier Maître de l’air

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Adaptation d’une série animée à succès, le nouveau Shyamalan pêche par un surprenant manque de réappropriation des codes du pur « entertainment ». Son film le plus impersonnel.

Au moins peut-on s’entendre sur un point : le dernier Shyamalan est sans nul doute son film le moins « shyamalanien » à ce jour. Difficile en effet de ne pas s’étonner – puis très vite s’alarmer – de la primeur accordée à l’action et aux effets spéciaux dans un film du cinéaste américain le plus suggestif de ces dernières années. Rien ne fait mystère dans ce Dernier Maître de l’air, les Bons (les maîtres de l’eau) faisant face aux Méchants (les maîtres du feu) dans l’espoir de voir enfin Aang, l’Elu (ledit « dernier maître de l’air ») acquérir la maîtrise des quatre éléments nécessaires à la préservation de l’équilibre du Monde (d’un monde). Ces enjeux identifiés, reste à suivre poliment les molles péripéties de personnages en apparence très convaincus, la recherche de quelque signe d’une réelle présence de l’auteur d’Incassable ou du Village derrière ce déferlement audiovisuel s’estompant quant à elle de loin en loin.

Rien de bien méchant dans Le Dernier Maître de l’air, aucune raison de s’insurger plus que nécessaire sinon l’incompréhension persistante de la place de ce film-là dans une filmographique jusqu’ici si cohérente, si savoureusement « typée ». Comment expliquer par exemple que Shyamalan ait privilégié, dans le cadre de cette adaptation d’une série d’animation à succès, la pure soustraction de son regard, une allégeance sans mesure aux seuls codes de l’entertainement ? Surtout, comment réagir face à la conclusion d’un film promettant très sérieusement en ses derniers instants une suite à ses si poussives aventures ? Une première réponse, légèrement ironique, pourrait évidemment consister au diagnostic d’une « fin de partie », à la mise à jour de la profonde naïveté, la grossièreté des motifs ayant jusqu’ici tenu lieu de MacGuffin à ses récits. Sauf que non, ne retenir de ce cinéma que sa part la plus explicitement « fantastique », la plus lisible serait nier en bon opportuniste le caractère profondément terre à terre, résolument cartésien l’ayant jusqu’ici prioritairement guidé.

Une autre réponse, plus sentimentale, reposerait sur la potentielle recherche, de la part du maître des images, d’une forme de mise à plat de cette dimension fantastique qui avait jusqu’ici côtoyé presque à égalité la part la plus réaliste de son cinéma. D’où que l’héroïsme s’incarne cette fois principalement dans l’enfance, que de spectateurs jusqu’ici effrayés par la trouble présence des monstres et fantômes (Sixième sens, SignesLe Village, La jeune fille de l’eau) ou émerveillés par la vaillance inquiète des pères et aînés (Incassable, SignesLa Jeune Fille de l’eau, Phénomènes), les enfants deviennent désormais eux-mêmes les vecteurs de l’action. Belle idée, évolution intéressante de l’œuvre que cette ambition de déploiement du spectacle au prétexte d’une adhésion enfantine aux mythes et hantises. A ceci près que cette adhésion se trouve ici comme camouflée, sinon dévorée par la manifestation des objets de cette croyance.

En l’état, Le Dernier Maître de l’air est objectivement le film le plus lisse, le plus impersonnel de son signataire. Tout juste pourra-t-on se reposer sur la qualité de quelques effets spéciaux – prioritairement ceux représentant la maîtrise des quatre éléments – laissant imaginer à quoi aurait pu ressembler le film, libéré des contraintes de fidélité à l’esprit de l’« œuvre » dont il est adapté : une fiction n’évacuant aucunement l’horizon du fantastique, sa littérale manifestation, mais dans le cadre d’un espace-temps très circonscrit, d’autant plus identifiable que porteur inconscient de son propre négatif. Une fiction typiquement shyamalienne, tout simplement.

Titre original : The Last Airbender

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Durée : 93 mn


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