Le cinéma de Christopher Nolan

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A l’occasion de la sortie de « Oppenheimer », notre Coin du Cinéphile vous invite à (re)plonger dans l’œuvre d’un réalisateur incontournable.

Il est un des cinéastes majeurs de notre temps. De blockbusters conceptuels en thrillers ébouriffants, le nom de Christopher Nolan est devenu une marque à lui tout seul. Parmi ses faits d’armes les plus notoires : la trilogie Batman (2005, 2008, 2012) avec mention spéciale à son volet central The Dark Knight (2008). Un film séminal, à l’influence encore sensible aujourd’hui. Sa suite The Dark Knight Rises (2012) a moins fédéré en dépit d’un succès commercial comparable. Davantage qu’auparavant s’y révélaient certaines limites du réalisateur : un déficit de chair, d’épaisseur psychologique des personnages, couplé à des ellipses et incohérences flagrantes. La tendance de Nolan à la sècheresse et l’abstraction s’est encore accentuée avec Dunkerque (2017) puis Tenet (2020), deux expériences sensorielles et conceptuelles aussi impressionnantes que discutables.

Dans le meilleur des cas, les mécaniques narratives de Nolan, rythmiquement électrisées par un art aguerri du montage parallèle et les compositions symphoniques de Hans Zimmer, emportent scories et invraisemblances sur leur passage. Comment ne pas être fasciné par certains de ses édifices filmiques, galvanisants jusqu’au vertige et bâtis sur quasi-rien ? On songe à la toupie de Inception (2010), matérialisation d’une réalité menaçant de s’effondrer à chaque instant, ou encore, dans le beau Interstellar (2014), à cette bibliothèque d’enfant symbolisant l’amour entre un père et sa fille, fragile clef de voûte d’une odyssée spatiale où se joue rien de moins que l’avenir de l’humanité.

D’un film à l’autre, certaines thématiques affleurent comme autant d’obsessions. Ainsi du hiatus récurrent entre la réalité subjective de ses protagonistes et une réalité extérieure promettant tragédie et chaos. Dès Memento (2000), pour se préserver d’un drame intime, le personnage basculait du côté de la croyance, quitte à ce qu’elle paraisse folie pour les autres. On retrouve ce dilemme presque à l’identique dans Inception (2010) : en refusant de vérifier l’éventuelle chute de la toupie afin de rejoindre ses enfants, Cobb faisait le pari de la croyance intime contre la réalité dite objective. Et c’est aussi le schéma de ce qui restera sans doute son film le plus brillamment auto-réflexif, Le Prestige (2006), où deux prestidigitateurs rivaux nouaient des rapports antagonistes au réel : l’un misait sur l’illusion pour faire émerger la croyance des spectateurs, l’autre sur la réalité littérale de ses tours, quitte à les enrober de mise en scène pour dissimuler le sacrifice et l’effroi sous-jacents.

Depuis plus de vingt ans, la filmographie de Nolan frappe par sa variété et sa cohérence. Et si elle n’a pas fini d’alimenter les débats, c’est d’abord parce que sa sophistication de surface et sa radicalité conceptuelle se sont très tôt singularisées dans un paysage hollywoodien tristement formaté ; mais aussi et surtout parce que ses inquiétudes, ses engouements, ses obsessions, ont su entrer en résonance avec l’inconscient collectif de ce début de 21e siècle – ce dont son dernier opus en date, Oppenheimer (2023), constitue une nouvelle et spectaculaire manifestation.

Bonne lecture de notre Coin du cinéphile spécial Christopher Nolan !

 

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