La Ballade de Buster Scruggs

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Western Folk aussi talentueux que consistant.

Le film démarre sur un livre, intitulé « The Ballad of Buster Scruggs and Other Tales of the American Frontier » qui s’ouvre pour laisser place à 6 sketchs dans l’univers du western : « La Ballade de Buster Scruggs », « Près d’Algodones », « Ticket repas », « Gorge dorée », « La fille qui fut sonnée », « Les Restes mortels ».

Malgré une diffusion sur Netflix, spécialisé dans les séries, les frères ont déclarés être mal à l’aise avec l’exercice de style de la série tant ils ont besoin pour leur histoire d’avoir un début et une fin. Le format adopté sous forme de mini histoires est un compromis. A l’image des comédies italiennes, La Ballade de Buster Scruggs reprend les thèmes fondateurs chers aux frères Coen, la vanité et la fatalité des hommes.

La vanité de l’homme

Le premier sketch est emblématique de l’arrogance, de l’excès de confiance des hommes. Un hors la loi misanthrope, Buster Scruggs succombe lors d’un duel, se pensant déjà vainqueur. Dans le second sketch, un cow-boy venant braquer une banque se laisse surprendre par le guichetier, plus coriace qu’il n’avait l’air. Les frères Coen présentent ainsi cette force comme une faiblesse.

La vanité est toujours fatale. A l’image du sketch où un vieil orpailleur recherche avec détermination une pépite d’or dans une vallée paisible et paradisiaque. Abattu dans le dos, comme du bétail, par un bandit de passage, il feint sa mort puis terrasse cet ennemi vaniteux. Après avoir repris des forces, il poursuit son chemin. Le bandit n’a pas pris le temps d’achever sa cible il a attendu que son sang tache l’ensemble de ses vêtements sans vérifier qu’il était mort. Excès de confiance létal.

L’orgueil des personnages est l’essence même de leur chute. « Certainty is the easy path. Straight is the gate .. and narrow the way ». Pour que le dessein de chacun réussisse, il n’y a qu’un passage étroit et peu arrivent à échapper au hasard. Tout du moins, ceux qui y arrivent, cela ne peut être que le fruit du hasard. Cette relativité des personnages est le second leitmotiv de ce film.

 

La fatalité, moteur de l’action

Les frères Coen sont convaincus que c’est le hasard qui guide notre vie. Le choix n’a que peu de place. A l’image de The Big Lebowski, la vie doit être menée nonchalamment. Car la mort nous guette au premier virage. Dans d’autres films, à l’image de The Barber ou Serious Man, ce n’est pas nécessairement la mort mais ce peut être l’accident ou un évènement tragique. Placé dans le contexte du western, la conclusion de tous les 6 sketchs de La Ballade de Buster Scruggs est la même. La mort rode et peut arriver là où on ne l’attend pas.

Dans l’avant dernier sketch, la peureuse Alice Longabaugh ne parvient pas à échapper à son destin tragique. Suite à une embuscade imprévue, malgré le choix qu’elle fait de se marier à un cow-boy protecteur. Ainsi va la vie. Et cette fatalité de la vie n’a pas de cœur. Comme le montre la glaçante fin de Harrison, artiste sans bras ni jambe qui se reproduit de ville en ville en récitant (sketch numéro 3).
Le dernier sketch joue en quelque sort le rôle de conclusion au film à travers un dialogue entre plusieurs passagers d’une diligence. L’un affirme que les hommes se ressemblent ( « People are like ferrets or a bever. All pretty much alike. One like the next »).

Les frères Coen apportent une conclusion aux travers de deux étranges personnages assis face aux 3 autres personnages (le trappiste, la femme pieuse ou le français). C’est d’autant plus troublant qu’à deux, ces personnages font penser aux frères Coen eux-mêmes, comme si il jouait eux-mêmes leur propre rôle. La vie est un changement. Mais on n’échappe à son destin. (« We each have a life. Each a life only our own. I know that we must each spin our own wheel and play our own hand. »).

La vie est une fatalité qu’il faut affronter. A la fin, on est soit en vie, soit mort. (« Life is change. Just as you said, madame, there are two kinds of people. In our business, they afe dead or alive. »). Derrière ce discours pessimiste, se cache une formidable invitation à vivre. Pourquoi passer son temps à fuir quelque chose dont on ne sait quand cela va arriver. C’est la conclusion de la scène finale où le français, peureux de rentrer dans l’hôtel, finit par sourire et remettre son chapeau pour avancer. Allons-y. Que diable. Vivons.

Titre original : The Ballad of Buster Scruggs

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Durée : 132 mn


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