Select Page

Kanal

Article écrit par

Comme ils aimaient la vie.

Varsovie en septembre 1944. Au 56e jour de l’insurrection, soldats et résistants ralliés à l’Armée de l’intérieur défendent becs et ongles leur ville en ruines. Un majestueux plan-séquence, tout en travelling à hauteur d’homme, nous les présente unis, valeureux et supérieurs à la stratégie de leur ennemi. Pourtant, la poche de résistance s’est réduite à quelques rues tout au plus. C’en est en fait terminé. Devant l’armada nazie, ces hommes doivent se résoudre à l’évidence que pour vivre encore, il leur faudra déserter ce champ de bataille. La décision du lieutenant Zadra de se retirer du quartier Mokotów divise la compagnie. L’héroïsme se heurte à la fatalité. Fuir, c’est abandonner les leurs. Mais rester, c’est s’assurer du peloton d’exécution, et mourir, cela n’intéresse personne. Les galeries complexes des égouts de Varsovie, territoire maîtrisé pensent-ils, peuvent leur offrir un sursis, une occasion de peut-être venir garnir les rangs du centre-ville, où les combats survivent encore. Ils s’engagent dans les souterrains.

Étourdie par les gaz et les effluves mêlés, la compagnie, désormais séparée en trois petits groupes, est lentement défaite par la fatigue et le désespoir. Un huis clos s’installe, se referme sur eux comme les conduits les étreignent toujours plus. Les ramifications ne sont plus sécurisées, les impasses se succèdent. Impossible de remonter sans se faire prendre. Il n’est d’ailleurs plus question de prendre la lumière, finis les idéaux. La cartographie photogénique des canalisations, savamment construites en studio (on pense aux meilleurs Carol Reed), jure d’avec l’Enfer dantesque qui noie progressivement les insurgés. Andrzej Wajda enregistre les derniers instants de ces condamnés mais se refuse d’en faire les saints d’une légende dorée. Kanal est un monument érigé aux martyrs de la résistance polonaise, murmure à l’adresse de toutes les générations qui viendront après eux cette indestructible épitaphe : souviens-toi de nous.

Titre original : Kanal

Réalisateur :

Acteurs : , , , , , ,

Année :

Genre : ,

Pays :

Durée : 93 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Au cœur des mélodrames de la période allemande de Douglas Sirk, ses protagonistes sont révélés par les artefacts d’une mise en scène où l’extravagance du kitsch le dispute avec le naturalisme du décor. Mais toujours pour porter la passion des sentiments exacerbés à son point culminant. Ces prémices flamboyants renvoient sans ambiguïté à sa période hollywoodienne qui est la consécration d’une œuvre filmique inégalée. Coup de projecteur sur le premier et dernier opus de cette période allemande.

La mort d’un bureaucrate

La mort d’un bureaucrate

« La mort d’un bureaucrate » est une tragi-comédie menée “à tombeau ouvert” et surtout une farce à l’ironie macabre déjantée qui combine un sens inné de l’absurde institutionnel avec une critique radicale du régime post-révolutionnaire cubain dans un éloge
bunuelien de la folie. Férocement subversif en version restaurée…