Select Page

Goodnight Soldier

Article écrit par

Réussi dans la satire d’une société piégée par ses contradictions, Goodnight Soldier se révèle beaucoup moins intéressant lorsqu’il s’agit de faire vivre l’intimité du couple.

Tout change, mais rien ne change.

Alors que Saddam Hussein a été éliminé depuis maintenant bien des années, les combattants de l’Etat Islamiste sont toujours actifs au Kurdistan. Drôle de guerre que semblent mener Avdal et ses compagnons contre cet ennemi isolé et désorganisé mais toujours meurtrier. Le jeune homme fait des allers-retours permanents entre les déserts de guerre et son village apparemment épargné. Durant ses permissions, il retrouve Ziné, sa fiancée, avec laquelle il doit éviter les invectives de leurs familles respectives.  On ne saura jamais exactement les raisons qui poussent les Capulets et Montaigus à un tel niveau de détestation, mais on se réjouit  du ridicule qu’ils ne manquent jamais de manifester. L’esprit sarcastique d’Hiner Saleem excelle lorsqu’il s’agit de pousser ses personnages  dans les limites de leurs propres contradictions. Sans pour autant faire preuve d’une once de condescendance à leur égard. Dieu, le patriarcat, les préjugés en entreprise, tout ce qui pourrait légitimer l’immobilisme d’un mode de vie se retrouve gentiment brocardé dans un enchaînement rapide de scénettes bien menées. La Femme peut bien posséder tous les apparats de la liberté, son émancipation reste encore une utopie. Le monde doit changer; les guerres ou les grands révolutionnaires comme Che Guevara n’ont pas réussi à y parvenir, mais le smartphone possède ce pouvoir, résume avec ironie l’officier supérieur d’Avdal. Une maxime encore plus pertinente dans cette partie du Moyen-Orient qui hésite maladroitement entre deux modèles de société.

Guerre et amour

C’est bien connu, la passion amoureuse peut déplacer des montagnes ; ainsi, les deux familles vont signer un traité de paix  pour officialiser l’union de leurs enfants. Le soleil au firmament, la beauté irradiante du couple, Hiner Saleem entend bien sublimer les vertus exaltantes de l’amour. Si les premiers échanges amoureux ralentissent la mécanique comique  pour mieux la  relancer de nouveau, le romantisme perd cruellement de son efficacité par la suite. Bien plus encombrant, à partir du moment où le couple est frappé par des tourments liés à sa vie sexuelle, la passion prend alors la forme d’une série de clichés. Le récit emprunte le chemin balisé d’une allégorie peu singulière et crédible. Pour servir un précepte éculé : l’impuissance masculine ne saurait être irrémédiable pour celui qui aime de tout son cœur. Cette bienveillance, dont la scène finale sur le champ de bataille  ne manque pas de souligner toute l’importance, se présente comme l’unique voie pour mettre fin à une guerre sans  fondement et sans horizon. Si notre optimisme peut nous pousser à croire le temps d’un instant à la candeur de la fable, c’est dans les contre-pieds de la farce que notre plaisir de spectateur s’épanouit. Après un départ tonitruant dans le registre satirique, on ne peut  que regretter que la verve et le verbe d’Hiner Saleem s’étiolent trop rapidement au profit d’une imagerie relativement douceâtre.

 

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre : ,

Pays : ,

Durée : 97 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Théorème

Théorème

Fantaisie surréaliste, « Théorème » traduit sans ambiguïté les obsessions existentielles de Pier Paolo Pasolini. Artiste intellectuel maudit à l’homosexualité revendiquée, il livre ici un plaidoyer pro-domo. Un temps jugée scabreuse et taxée d’obscénité, la parabole filmique déclencha une controverse sulfureuse à sa sortie en 1968. Relecture de ce monument de provocation sous l’angle de la morale sexuelle.