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DVD De Nuremberg à Nuremberg

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Un documentaire riche, saisissant et incontournable de l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Le DVD de Nuremberg à Nuremberg sort, dans sa version intégrale, aux Editions Montparnasse, soixante-cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1988, Frédéric Rossif a réalisé une fresque fondammentale sur le conflit le plus terrifiant de l’humanité, un témoignage de l’Histoire pédagogique et essentiel.

Le documentaire, diffusé en 1989 sur Antenne 2, se présente comme une encyclopédie en mouvement, extrêmement fouillé. Le tout est accompagné d’une composition grave et sobre de Vangelis. Durant environ quatre heures (correspondant chacune à une partie) se succèdent des documents d’archive, ponctués par des témoignages. La tétralogie suit un ordre chronologique. Le réalisateur part de la genèse de la menace hitlérienne pour s’acheminer vers la guerre, la persécution et le génocide des Juifs. Puis il s’achève avec des extraits du procès de Nuremberg, repris de façon un peu plus développée, dans un bonus (d’une durée d’une heure), autre document précieux.

De Nuremberg à Nuremberg débute par des plans de la ville qui acclame le Führer. D’emblée, le ton est donné : croix gammées, foule buvant les paroles de l’orateur extrémiste et salves d’applaudissements s’affichent à perte de vue. L’individu est noyé dans la masse, au son d’une idéologie déclamée par Hitler et décrite dans Mein Kampf. Le film quitte les frontières allemandes pour se poser également sur d’autres états, permettant ainsi un éclairage sur les origines du conflit. L’Italie et la montée de l’extrémisme sont évoquées à l’écran. Frédéric Rossif met bien en évidence les forces alliées et celles de l’Axe, toujours dans un but instructif. Comme dans un manuel d’histoire, une carte de l’Europe fait le point sur la progression de l’invasion nazie. Pas de ressort dramatique ici : le réalisateur a refusé de faire appel à un comédien pour commenter son film. Philippe Meyer s’en est chargé et s’est efforcé d’employer des mots neutres et de rester fidèle à un discours factuel, obéissant ainsi à la démarche de l’historien.

Le jugement est laissé au spectateur qui, pendant des heures, observe l’univers de la Seconde Guerre, avec ses moments et personnages-clés de l’Histoire (Mussolini, Churchill, Pétain, De Gaulle…). Le réalisateur se montre tel un trait d’union entre passé et générations futures, soucieux de clarté et d’authenticité, aussi. La caméra est au plus près des combattants pour donner un aperçu pointu de l’horreur de la guerre. Nuées d’avions, divisions blindées, bataillons, chars, chasseurs, croiseurs foisonnent. Les bruits assourdissants des bombardements se mutliplient de même que les références glaciales à des chiffres : il y a celui des voix, de plus en plus nombreuses, récoltées par le NSDAP et celui, vertigineux, des victimes. Des chiffres, encore, pour constituer le numéro du bloc d’incarcération des sous-hommes ou celui du matricule qui entache le bras du prisonnier.

Le documentaire vise une objectivité. Néanmoins, le choc survient nécessairement quand, à la victoire de l’Allemagne sur la France, la voiture d’Hitler écrase des tonnes de pétales de roses, fournies pour l’occasion, tandis qu’un peu plus haut, filmée en contre-plongée, se trouve une flopée de drapeaux à la croix menaçante. Dans son commentaire, Philippe Meyer fait une leçon d’histoire très dense sans donner la leçon. Il évite un lexique trahissant toute subjectivité mais le vocabulaire du film, aussi neutre soit-il, ne peut que faire froid dans le dos. Les réseaux sémantiques de l’armement et de la maladie, bref du chaos, remplissent le discours factuel. De l’autre côté du tireur se trouve le mort. Si ce n’est pas la balle qui emporte l’être, c’est la maladie qui triomphe de lui. Faim, typhus, scorbut et dysenterie menacent les prisonniers. Et bien sûr, un recours radical : les gaz asphyxiants.

La partie la plus dure est incontestablement la dernière qui traite de la solution finale. Frédéric Rossif rassemble les archives du procès de Nuremberg, jalonnées par des plans sur l’amoncellement des cadavres des camps d’extermination. Lunettes, couronnes dentaires en or des vicitmes (les images sont gravées dans bon nombre d’esprits) s’entassent, témoignant d’une montagne d’atrocités. Le moment est toujours effarant lorsque les accusés nient tout en bloc. Des humains sont jugés pour des actes inhumains dans un tribunal où la tension atteint son paroxysme. La dernière partie du documentaire et le bonus se répètent à maintes reprises. Ils traitent tous deux du procès de Nuremberg. Le complément du DVD offre cependant quelques trésors de l’Histoire : il met en lumière toutes les violations de traités de non-agression par l’Allemagne hitlérienne ainsi que les rapports secrets et criminels des conjurés nazis.

Pari réussi pour le réalisateur qui a rassemblé les traces de l’Histoire pour les transmettre à un large public puisque le documentaire a été livré et diffusé sur une chaîne hertzienne, il y a environ vingt ans. De Nuremberg à Nuremberg a été le fruit d’un travail poussé et nécessaire sur une guerre qui, au final, laissera encore de nombreuses interrogations bien que le procès de Nuremberg en ait élucidé quelques-unes. Une incompréhension et une question demeurent face à la monstruosité organisée à l’échelle planétaire. Mais peut-être que la réponse se trouve dans les propos de cet officier qui arracha à Primo Levi le glaçon que ce dernier avait pris pour étancher sa soif. Lorsque l’écrivain, incarcéré à Auschwitz, lui demanda « Pourquoi ? », il s’entendit répondre « Il n’y a pas de pourquoi. »


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