Drunk

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Baffe à l’hypocrisie, « Drunk » va faire mal comme, en son temps, « Festen ».

Un cri contre le puritanisme ambiant

Dans un monde de plus en plus fade, formaté et puritain, le nouveau film de Thomas Vinterberg est un cri qui va bouleverser le public comme l’a fait en son temps son Festen, qui dénonçait l’inceste et l’hypocrisie familiale. Ici, pas d’inceste mais de l’ébriété considérée presque comme faisant partie des Beaux-Arts, de quoi bouleverser le politiquement correct actuel. D’ailleurs, Drunk porte un titre qui provoque et ne pratique pas la langue de bois. Il s’ouvre d’ailleurs sur des lycéens en train de s’adonner aux joies de Bacchus et se clôturera sur une sorte de bacchanale effrénée à la suite de l’obtention du baccalauréat par ces mêmes élèves, mais accompagnés maintenant de certains de leurs professeurs qui, au départ, semblaient les critiquer. « Enivrez-vous », conseillait Charles Baudelaire, mais ici il ne s’agit nullement de poésie ou de vertu, mais de vin, de vodka, de gnole, etc. De tout ce qu’on voudra pourvu que ça cogne et fasse oublier les affres de la vie de tous les jours.

 

 

Une théorie qui force à boire

Les professeurs en question sont au nombre de quatre, menés par le génialissime et magnifique Mads Mikkelsen, qui, devant le vide et l’ennui sidéraux de leurs petites vies, vont tenter de mettre en pratique une théorie pour le moins inattendue découverte par l’un d’entre eux et qui va les transformer en joyeux drilles par le biais d’une potion magique abordable et en vente libre. En effet, en s’inspirant de la théorie du psychologue norvégien Finn Skårderud, selon laquelle l’homme serait né avec un taux d’alcool dans le sang qui présenterait un déficit de 0,5g/ml, nos quatre professeurs d’un lycée un peu coincé vont tomber dans le nirvana jusqu’à ce que la dose quotidienne d’alcool soit presque méticuleusement dépassée pour arriver à l’ivresse, voire la pochtronnerie qui va détruire leur vie ou les conduire à un hubris pour le moins désastreux.

Pallier l’ennui dévorant

Dans une lumière crue, appelant un chat un chat et un poivrot un poivrot, le film se place parmi les premiers à parler crument d’un problème d’une société puritaine, et pas seulement au Danemark, où l’alcool est devenu, avec parfois la drogue en plus, le seul palliatif à l’ennui dévorant. C’est dommage que, pour parler de son film, Thomas Vinterberg use de mots un peu trop bien pensants, mais on le lui pardonne car son style, comme dans Festen, en fait l’un des réalisateurs danois les plus importants et les plus primés à l’échelle internationale, mais aussi un artiste cash dont les coups de poing et de gueule font du bien où ils tombent. Nous lui pardonnerons donc d’avoir parlé comme un pasteur dans le dossier de presse du film : « Traiter d’un sujet aussi grave et sérieux avec, parfois, un peu d’humour, peut être choquant aux yeux de certains. Nous espérons que le film donnera matière à réflexion et à débat auprès d’un public qui vit dans un monde de plus en plus défini par une rhétorique puritaine, mais avec une consommation d’alcool assez élevée au niveau mondial, même à un très jeune âge. » Parce que son film drôle et tragique à la fois nous brûle comme une gorgée de vodka cul-sec et sans glaçon !

Titre original : Druk

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Durée : 105 mn


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