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Companeros

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Le troisième long métrage d’Alvaro Brechner, tiré de faits réels, nous entraine dans une longue nuit de douze années d’emprisonnement de trois guérilleros d’opposition à la dictature militaire urugayenne, dont José Mujica, futur président du pays. Un récit sombre, qui nous rapproche de l’homme.

La prose est mince comme un fil, décharnée et étroite comme la cellule qui le privera douze années durant, de toute forme d’humanité avec ses deux autres compagnons d’infortune José Mujica (Antonio de la Torre) et Eleuterio Fernadez Huidobro (Alfonso Tort)… les mots frappent par leur intensité :

Y si este fuera mi último poema, insumiso y triste, raído pero entero, tan solo una palabra escribiría: compañero”. (Et si c’était mon dernier poème, insoumis et triste, ruiné mais entier, je n’écrirais qu’un seul mot : compagnon).

Le poète et dramaturge Mauricio Rosencof (Chino Darin) racontera qu’il grattait ses poèmes sur des feuilles de papier à cigarettes qu’il enveloppait « avec du nylon très fin » et qu’il glissait « ces feuilles bien roulées dans les ourlets de chemises. ».

« Que reste-il d’un homme lorsqu’on lui enlève tout ? ». Raconter l’enfermement, pour mieux nous laisser entrevoir la puissance de l’esprit était un défi pour le réalisateur Alvaro Brechner qui ne voulait pas faire un « film de prison, mais un voyage existentiel » en nous immergeant dans l’expérience de la survie et de la lutte intérieure qu’ont vécu ces hommes persécutés par l’armée. Nous sommes en 1973, La dictature militaire de l’Uruguay vient de prendre le pouvoir, et fait subir l’une des pires répressions politiques au monde avec 6000 détenus guérilleros politiques (les Tupamaros) dans un pays de moins de 3 millions d’habitants. Parmi eux, trois figures les plus célèbres de l’Uruguay contemporaine dont l’ancien président José « pépé » Mujica. Torturés continuellement par leurs geôliers, menacés régulièrement d’exécution, et, déplacés de casernes en casernes, les trois hommes lutteront contre la folie, avec comme seul moyen de communication les parois de leur cellule où ils échangent en morse.

 

 

Pour nous plonger dans l’intimité de ces trois prisonniers, le réalisateur plaque sa caméra au plus près de chaque détail comme par opposition au rétrécissement mental que fait subir l’enfermement : « La dictature militaire les a soumis à la dégradation mentale et physique visant à les rendre fous et au-delà, à anéantir la résistance de leur être le plus intime ». Le tournage fut éprouvant, et les acteurs soumis à un conditionnement rude, tant sur le plan physique (ils ont perdu en moyenne 15 kilos) que mental, campent avec justesse la résilience.

« La résistance de l’être humain ne doit pas être sous-estimée » précise le réalisateur uruguayen dont c’est ici le troisième long métrage (Mr Kaplan, en 2014 et Sale temps pour un pêcheur, en 2009) ; Il réussit dans ce film, avec la très belle mise en image de Carlos Catalan et un minutieux travailde reconstitution historique, à nous tenir la main tout au long de cette nuit de douze années (titre original du film) : José “Pepe” Mujica deviendra ministre de l’Agriculture avant d’être président de la République uruguayenne en 2010, le poète Mauricio Rosencof est actuellement directeur de la Culture de la ville de Montevideo et  Eleuterio Fernández Huidobro (fondateur historique des Tupamaros), sera sénateur, jusqu’à son décès (2016). L’Uruguay est aujourd’hui le deuxième pays d’Amérique du Sud le moins corrompu*.

*classement de l’ONG Transparency

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Durée : 120 mn


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