Close-up

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Au début des années 90, le cinéaste iranien Abbas Kiarostami propose son film « Close-up », qui allait être considéré comme son chef-d´oeuvre, donnant alors un nouveau tournant au cinéma iranien.

Enfin un support DVD à la hauteur du chef-d’œuvre de Kiarostami. Les Editions Montparnasse lance une nouvelle collection « Classique » qui promet. C’est avec Close-up que cette collection voit le jour, elle regroupera « les films les plus emblématiques des grands réalisateurs des année 50 », annoncent les Editions Montparnasse, avec notamment des génies comme Moretti, Bergman, Vajda, Buñuel… Si les films suivants de la collection parviennent à égaler la qualité du coffret Close-up, qui regroupe sous un même volume le film d’Abbas Kiarostami, un documentaire de Nanni Moretti « Le jour de la première de Close-Up » et un film de Jean-Pierre Limosin de 52 minutes intitulé « Abbas Kiarostami, vérités et songes », la nouvelle collection Classique est promise à un bel avenir.

Il semble évident de débuter une nouvelle collection par le film le plus emblématique d’Abbas Kiarostami. Ce cinéaste qui donne un nouveau départ au cinéma iranien au début des années 90, faisant suite à la révolution islamique durant laquelle de nombreux cinémas furent détruits par le feu. Close-Up en a séduit plus d’un. Nanni Moretti fut l’un des premiers à programmer le film dans son propre cinéma à Rome. Durant la projection, Moretti tournera un court métrage de sept minutes que les Editions Montparnasse ont eu l’intelligence de nous offrir en complément.

Mais Close-Up semble avant tout être un film de souffrance. Il est une interrogation sur la société iranienne et sur le cinéma lui-même. Kiarostami semble aller encore plus loin en interrogeant la réalité, mêlant avec habilité le réel et la fiction, il noie la vérité et le mensonge dans de mêmes eaux. Alfred de Musset écrivait dans A quoi rêvent les jeunes filles « Tout le réel pour moi n’est qu’une fiction ». Le cinéma est une fiction en soi, mais Kiarostami arrive à transcender la notion de réalité en choisissant de filmer sur quarante jours le procès bien réel d’un iranien qui s’est fait passer pour le cinéaste Mohsen Makhmalbaf dans le but de voler une famille bourgeoise d‘Iran. Mais le jeune homme démasqué est traîné devant la justice. Kiarostami s’empare de ce fait-divers et déploie avec ingéniosité les plans d’un film à la hauteur de la réalité. Manipulant les faits, le cinéaste va faire rejouer les vrais personnages de l’affaire, le procès, l’escroquerie et le film promis vont naître et re-naître sous la caméra du cinéaste.

Close-up est avant tout un film psychologique, creusant les gestes d’un homme qui n’a de réalité que dans le mensonge et ne croit vivre que dans la fiction qu’il propose. La distance du genre documentaire dont Kiarostami dote ses images, fait basculer le film dans un au-delà, une réflexion poignante sur la justice et l’humanité. Ce film qui tente de montrer l’envers psychologique dévoile bien plus en montrant les dessous de liberté brimée.

Comme l’écrit Cioran, « est libre celui qui a discerné l’inanité de tous les points de vue, et libéré celui qui en a tiré les conséquences. ».


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