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Camille

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Voir ce film est comme ouvrir le journal : reportage en une dizaine de pages du conflit en Centrafrique avec photos exclusives de Camille Lepage.

« Tu ne rencontres pas les gens. Ils sont d’un côté de l’objectif et puis toi tu es de l’autre.. Tu ne peux pas te mettre à leur place, c’est impossible. » dit Mathias à Camille, un brin éméché, résumant malgré lui parfaitement ce que nous ressentons en regardant le film. Sans dire qu’il n’a pas été apprécié, disons que nous aurions voulu l’aimer : une jeune photo reporter éprise de justice, la vie fauchée à la fleur de l’âge, tout était réuni pour en sortir le mouchoir à la main, la larme à l’œil. Malheureusement, ce ne fût pas le cas.

Si on peut sentir l’implication du réalisateur Boris Lokjine et l’intérêt véritable qu’il porte aux peuples brisés qu’il s’est attelé à mettre en lumière depuis son premier film — tantôt avec les survivants vietnamiens de la guerre, tantôt avec les migrants africains. Cette fois-ci cela ne fonctionne pas. Les images qui défilent à une vitesse presque vertigineuse, notamment lors des scènes de foules, en permanence entrecoupées d’une multitude de cartons explicatifs sur la situation à laquelle nous faisons face, s’apparentent à des visites de musée. Nous sommes ensevelis sous les photos prisent par la photographe qu’on fait intervenir sans autre but semble t’il que de montrer la fiabilité de la reproduction cinématographique des dites images. On nous met à distance du personnage de Camille jusqu’à la perdre. On a beau la voir assister au déchirement d’un pays, ne pas savoir que faire entre le danger de rester et la volonté de suivre ce peuple auquel elle à l’air de se sentir appartenir.

 

 

La réalité est que, tout comme elle évolue auprès des anti-balaka (le groupe chrétien en guerre ouverte contre le groupe musulman des Seleka) sans jamais les comprendre, nous la suivons sans pour autant ressentir ce qu’elle traverse. On finit par se faire happer par les différentes séquences à la manière d’un zapping. La compréhension est intellectuelle, certes, mais les émotions restent à la porte de la salle. Les plans serrés et les fixations récurrentes sur les visages, ou encore la caméra suivant de manière quasiment abrupte les acteurs et actrices, semblent nous intégrer de force dans ces groupes sans nous en donner réellement les codes ; ils créent une barrière invisible entre eux et nous. On se retrouve relégué derrière l’objectif, spectateur et spectatrice de ce qui se joue sous nos yeux sans jamais y prendre part.

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Durée : 90 mn


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