Beauty

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Chronique d’un Afrikaner raciste et homosexuel qui, un jour, se trouve confronté à la « beauté ».

François, Afrikaner de quarante-cinq ans, camoufle son homosexualité grâce à une vie bien rangée avec sa femme et ses deux grandes filles. Mais cette stabilité apparente menace de s’écrouler lorsqu’il fait face à la beauté du jeune Christian.
 
 
Oliver Hermanus filme un homme amoché par un héritage lourd, à l’image de la langue du fillm, tourné en afrikaan (le premier dans l’histoire du cinéma). Dans les veines de François coule une flopée de sentiments négatifs. Il y a d’abord cette haine à l’encontre des Noirs puis cette honte, développée au milieu d’un discours conservateur, lorsqu’il est question de l’homosexualité. Le film se déroule en Afrique du Sud, à des kilomètres de l’Amérique provinciale du film de Todd Haynes, Loin du paradis, mais l’éden est toujours aussi distant. Le personnage de François a été élevé dans une éducation où rien ne doit déborder de la ceinture, mais celle-ci finit par exploser dans une villa servant de misérable baisoir ou à l’intérieur d’un hôtel aux murs blancs et froids. Violences intérieures et extérieures traversent le film et créent un véritable malaise, incarné par le physique peu engageant de son personnage central. L’Afrique du Sud et ses problèmes post-apartheid sont évoqués avec subtilité. Le racisme se dessine par petites touches mais la haine est bel et bien là. Le réalisateur maîtrise un certain art de la suggestion, qu’il abandonne hélas au profit de séquences chocs.

Beauty nous enferme à tort dans le rôle du voyeur, en prenant cette fois-ci le parti de tout montrer, de manière très glauque et si peu singulière. Une chambre d’hôtel traduit l’errance de François, qui passe son temps à cacher son homosexualité et évoque, à cet égard, le personnage troublé de Monster (Patty Jenkins, 2004), Aileen Wuornos, incarné par Charlize Theron. La mise en scène est parfois crue mais, très souvent, se révèle trop sage pour évoquer les obsessions et le cataclysme sentimental du personnage principal, renversé par la beauté de Christian qui, somme toute, fait plutôt pâle figure dans le film. La première séquence montre le jeune éphèbe en charmante compagnie, lors d’un mariage, tel un Bel Ami, parvenant à attirer à lui tous les regards féminins, accompagnés de charmants sourires. Mais le réalisateur n’exploite pas à fond ce personnage et son potentiel de séduction, si bien que l’histoire, déjà appauvrie par sa mise en scène, finit par devenir ennuyeuse.

La caméra d’Oliver Hermanus se promène au milieu de couleurs sombres, d’obscénités et de monstruosités étouffantes, se gaussant du titre du film, avec beaucoup d’ironie. Néanmoins, on respire (après une heure trente) lorsqu’enfin la caméra s’accroche à une luminosité entourant un jeune couple dans un finale assez bien mené. Le dénouement parvient à résumer avec une grande efficacité cette vie fichue d’homosexuel non déclaré, dans un pays qui vit sous un nuage post-apartheid encore problématique.

Titre original : Skoonheid

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Durée : 109 mn


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