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Akira

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Animé tiré du manga culte traitant la peur japonaise du nucléaire.

Tetsuo, un lycéen appartenant à un gang de motards se découvre des pouvoirs surnaturels après avoir été le sujet d’expérimentations. Opprimé par le monde corrompu et dévasté qui l’entoure, il va alors se mettre à détruire la ville, pourchassé par l’armée. De son côté, son ami Kaneda va s’allier à des révolutionnaires afin de l’aider à redevenir normal.

Politique et fin d’un monde

Le film Akira est une adaptation du manga culte par son auteur Katsuhiro Otomo réalisé à la toute fin des années 80. Plus de 40 ans après, l’œuvre, sous couvert d’une histoire d’amitié sur fond de dystopie, témoigne encore du traumatisme japonais du à l’explosion de Hiroshima. L’on sait au début du film qu’il y a eu une troisième guerre mondiale, et Akira va s’efforcer de nous dire tout du long que l’humain, de part son égoïsme et sa vanité, est condamné à reproduire ses erreurs à l’infini, causant chaos et destruction. Le cadre du film est très politique, on y mentionne des attentats, une révolution, et l’on y voit des politiciens corrompus de la vieille école ne penser qu’à leur propre profit. Tokyo est une ville futuriste certes (tout en étant assez proche de notre réalité), mais dévastée par ce qu’elle a subit : les routes sont fissurées, les commissariats sont constamment bondés, et des manifestations sont durement réprimandées par la police (que l’on peut facilement confondre avec l’armée). Akira ne se déroule pas sous un régime totalitaire mais un capitalisme en perdition, les politiciens ne sont pas seulement cupides mais aussi dans une incapacité de résoudre les problèmes sociétaux, l’argent manque et la jeunesse (à défaut d’avoir une éducation à minima correcte) se dirige dans la délinquance comme seul échappatoire.

 

 

Destruction ésotérique

Cette trame politique donne un double sens aux évènements surnaturels qui émergent et qui témoignent donc de cette peur du nucléaire. Les trois enfants à la peau bleu et élevés reclus de la société symbolisent les effets secondaires de l’exposition à une bombe. Leur potentiel humain (tel qu’il est décrit dans le film) est certes développé, mais leur condition de vie fait d’eux de simples rats de laboratoires. L’être humain cherche constamment à améliorer ses connaissances jusqu’à se faire dépasser par ses propres expériences, et avec un peu de malchance il ne trouve au bout du chemin que la mort. La violence agit comme vecteur d’abord de cette société puis des pouvoirs de Tetsuo, brusque et choquante, la couleur rouge envahie l’écran et parasite le film comme pour nous décrire la souffrance grandissante du personnage, qui a aucun moment n’est en pleine osmose avec cette force qui prend possession de lui. Cette force qui finira par le détruire en le transformant en un amas de matière organique nécessitera alors une autre expérimentation humaine, l’Akira du titre, qui détruit la menace et Tokyo par la même occasion dans une grande explosion blanche. Une sublime explosion au sens premier du terme, le beau est une force supérieure qui lave la ville de ses péchés et permet aux « mutants » d’accéder à une autre dimension spirituelle.

 

 

Le film questionne cette ambiguïté d’une arme dont l’utilisation est extra-ordinaire et pourtant qui n’apporte que la destruction. Par ailleurs, l’explosion nucléaire qui introduit le film (avant que le titre n’apparaisse devant le cratère qui en découle) peut aussi bien être une anticipation de la fin du film (la mort comme seule résolution) qu’une utilisation antérieure d’une arme surpuissante, renforçant l’idée pessimiste que l’homme est voué à reproduire les mêmes erreurs. Akira est un film très sombre qui dans ses nombreux discours accusateurs (les révolutionnaires travaillent en réalité pour un politicien véreux) fait émerger une lueur d’espoir dans cette utilisation de la spiritualité (qui peut aussi bien être l’apparition du divin), nous montrant qu’il existe encore des humains prêt à lutter pour de nobles convictions, l’incarnation la plus forte étant peut-être Kaneda qui malgré la vision d’une ville détruite se soucie encore de son ami Tetsuo.

Titre original : アキラ

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Durée : 120 mn


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