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11.6

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Braquage à la française : préparation en solo d’un coup inattendu, sans violence ni grandiloquence.

Le cinéma, français en particulier, aime se nourrir de faits divers mettant en scène des personnages ordinaires pris dans l’orbite de faits extraordinaires. Ce fut par exemple le cas à deux reprises en 2011 avec Présumé coupable de Vincent Garenq qui revenait sur l’histoire d’Alain Marécaux, pris dans la tourmente de l’affaire d’Outreau, et avec Omar m’a tuer de Roschdy Zem sur la condamnation du jardinier Omar Raddad. Avec 11.6, Philippe Godeau s’inscrit dans la perspective d’un cinéma qui se plaît à lorgner du côté du docu-fiction, à fortes doses de faits réels, saupoudrés d’imagination. Mais 11.6 sort lui du terrain de la justice à proprement parler. Le film met l’accent sur le fait avant sa prise en main par l’arsenal pénal et se concentre sur les raisons qui incitent à passer à l’action. Après Le Dernier pour la route (2009), le producteur Philippe Godeau (Baise-moi, L’Homme de sa vie, Largo Winch, Mr Nobody, Les Émotifs anonymes…) repasse derrière la caméra pour raconter l’affaire de Toni Musulin, un convoyeur de fonds qui fomente un coup pour se tirer un jour, en 2009, avec un fourgon rempli à ras bord de billets, ramenant avec lui la somme rondelette de 11,6 millions d’euros.

Toni Musulin (François Cluzet, déjà présent dans le premier film de Philippe Godeau) est un type comme les autres. Il mène une vie très simple – enfourchant son vélo tous les jours pour aller au boulot – qu’il aimerait pourtant faire briller un peu – avec l’achat d’une voiture rouge pour changer son quotidien gris. Cette voiture et le visage souriant d’une femme rencontrée en boîte sont d’ailleurs les seuls éléments qui ressortent, dans un film où les contrastes entre le noir et le blanc sont très appuyés. Mais Toni Musulin est finalement un peu différent. Solitaire bien que intégré au travail, il est appliqué et n’aime pas se faire marcher sur les pieds. Il est surtout déterminé. 11.6 pose son regard uniquement sur lui sans que la caméra soit inquisitrice. Elle l’observe fomenter son coup : entraînement sportif, achat d’un garage qu’il retape, multiplication des prêts. Son quotidien se transforme en une véritable lutte, soutenue par une musique très moderne, rythmée et électro (Kavinsky, James Blake, M83…). Mais malgré une caméra collée au sort de Toni Musulin, le personnage échappe au spectateur tout comme à la police qui essayera par la suite de comprendre son acte.
 
  

 
 
11.6
donne ainsi des pistes sur le fait divers, en brossant un portrait et une atmosphère. Mais le film révèle surtout l’impossible pari de comprendre ce qui se passe dans la tête d’un homme. Il suit sa destinée tout en ne réussissant pas à la saisir. Bien que le comptoir est présent dans le film, sa psychologie à grosses ficelles n’a que peu de place dans la mise en scène. Seuls les autres protagonistes, à la fin, tentent d’expliquer par des raccourcis les raisons de cet acte inattendu. 11.6 définit peut-être alors ce qu’est un film de braquage à la française, en prenant ses distances avec le film d’action et le thriller pour mieux lorgner du côté du drame. Toni Musulin conçoit un casse sans casse. Rien à voir avec d’autres films de vols plus dangereux et virils d’outre-Manche, comme Braquage à l’anglaise (2008) de Roger Donaldson, ou d’outre-Atlantique, comme The Town (2010) de Ben Affleck. La mise en scène de 11.6 est à l’image de son protagoniste qui clame : « Je ne suis pas un Robin des Bois, je suis juste un mec comme vous ».

Titre original : 11.6

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Durée : 102 mn


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