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World Trade Center

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11 septembre 2001. Au moment où un avion de ligne s´écrasait dans la première tour du WTC, l´Histoire revenait frapper l´Occident de plein fouet. Par extension, ce fut toute une planète qui se vit précipitée dans le 21e siècles. Le Nouveau Millénaire naquit dans les ruines et les décombres, dans les images multi-diffusées des symboles […]

11 septembre 2001.
Au moment où un avion de ligne s´écrasait dans la première tour du WTC, l´Histoire revenait frapper l´Occident de plein fouet. Par extension, ce fut toute une planète qui se vit précipitée dans le 21e siècles. Le Nouveau Millénaire naquit dans les ruines et les décombres, dans les images multi-diffusées des symboles de puissance et de grandeur que représentèrent les tours, s´effondrant au sol. Prolégomènes d´une quatrième Guerre Mondiale qui, six ans plus tard, ose encore à peine dire son nom.

Cette date est ancrée dans les esprits de tout un chacun, désormais intégrée à notre mémoire collective. Des plus jeunes aux plus vieux, en direct ou lors d´une rediffusion, nous y avons tous assisté. Ceux qui avaient plus de vingt ans lors des évènements se souviennent encore du monde tel qu´il était avant. Ce qui, disons le, ne semble pas être le cas d´Oliver Stone et de la Paramount. Les premières minutes du film sont incapables de se débarrasser de cette sensation de menace imminente, prête à surgir de nulle part. Or, le traumatisme que l´Histoire nous avait fait subir trouvait en partie son origine dans l´effet de surprise que constituait cet attentat. De mémoire, les Etats-Unis n´avaient subi d´attaque sur leur sol depuis Pearl Harbor. Autant dire, un bail. De mémoire, nous vivions dans un monde tranquille où tout allait bien ; où, que l´on soit Américain ou Européen, personne ne venait nous chercher des noises, d´ailleurs personne n´en avait aucune raison.

En s´affranchissant de ce souvenir, Stone se place clairement sur le sentier du film de guerre. Si, pour nous spectateurs, les évènements ont déjà eu lieu, il en est de même pour les protagonistes qui se rendent tranquillement à leur travail. Le conflit est annoncé à plusieurs (courtes) reprises au cours du film, dans les paroles d´un Marine reprenant le service de son propre chef pour se rendre à Ground Zero –<< je sais pas si vous l´ignorez, mais ce pays vient de rentrer en guerre... >>– ou dans les paroles du Président au cours d´une interview. Si ces séquences constituent moins de cinq minutes du film, elles sont parmi les plus réussies, témoignant que nombre d´Américains ont rapidement pris conscience de la signification de l´attaque. Oliver Stone semble démangé à l´idée de traiter ce thème mais, la bride au cou, il ne peut que l´évoquer et le saupoudrer par touches.

Ne pouvant librement traiter de la grande Histoire, il tente de la mêler à la petite dans une fresque en l´honneur des meilleurs qualités dont nous pouvons (parfois) faire preuve : la compassion, la solidarité, le courage. Noble entreprise, si ce n´est qu´elle est incapable d´atteindre son objectif.

Basé sur le récit des survivants, le film colle à deux personnages, John McLoughlin et Will Jimena, policiers portuaires se rendant sur le théâtre des opérations avant d´être engloutis quelque par entre la première et la deuxième tour. Deux hommes qui furent parmi les rares survivants extirpés des décombres. Nous suivons le désarroi et la peur des familles tandis qu´ils luttent, coincés sous des blocs de bétons, pour rester en vie. En voulant nous faire pénétrer l´âme de ces hommes et de leurs familles tandis que se propage le Chaos, Stone se rêve en Terrence Malick période Ligne Rouge : les émotions jouent un rôle, celui de nous amener à toucher une essence divine contenue à l´intérieur de chacun de nous. Ainsi, Jimena rencontre Jésus en rêve alors que McLoughlin fait la paix avec lui-même et une épouse hallucinée. Le réalisateur voudrait traiter de spiritualité mais il manque malheureusement de la distance et de la légèreté indispensables à un tel sujet. Parce qu´il est insaisissable, l´Esprit supporte mal les gros sabots. Ethéré, éphémère comme un souffle de vent, aucune volonté-char-d´assaut ne peut le débusquer. Il est seul à décider de se montrer et n´accepte de se constituer prisonnier.

Le résultat est qu´Oliver Stone, loin de livrer un grand film sur l´Humanité ne parvient, tout au plus, qu´à renforcer la désagréable impression que son film repose entre deux chaises. On pourra saluer son désir de rendre hommage aux victimes et aux survivants, cependant l´exécution n´aboutit qu´à nous donner envie de lui offrir une tape amicale en guise de réconfort accompagnée du regard condescendant offert à celui qui, ayant donné tout ce qu´il a pu, a raté son but.

Ajoutons que si Stone n´est pas Malick, son compositeur est loin d´atteindre la cheville d´un Hans Zimmer. Deux heures durant, le film est noyé sous une soupe musicale dont le but -nous tirer des larmes – réussit l´exploit opposé : agressés par les nappes de violon et les notes d´un piano faussement mélancolique, nous devenons insensibles à la tragédie. Gageons que sans sa musique, le film serait d´une résonance toute différente.

Les élans de compassion n´ont aucun besoin de pathos pour voir le jour.

Titre original : World Trade Center

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Durée : 130 mn


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