Voyages en Italie

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Prendre le contrepied du Voyage en Italie de Rossellini.

Un road movie à la française

La réalisatrice avait surpris et amusé le public en 2012 avec son film, Les coquillettes, et cet humour un peu décalé en a fait sa marque de fabrique. Après Enorme, justement un peu trop énorme pour pouvoir au moins faire sourire, et pourtant lauréat du prix Jean Vigo en 2020, elle revient au cinéma en nous proposant un désopilant Voyages en Italie, dans lequel elle incarne elle-même son propre rôle auprès d’un Philippe Katerine encore plus déjanté. A la fois autobiographie et décalé, ce film est aussi très référentiel car on ne manquera pas d’y retrouver bien sûr la patte du néoréalisme, et notamment Roberto Rossellini ne serait-ce que pour les citations stromboliennes, mais aussi parfois Sophie Calle (No Sex Last Night,1996) et même le Nanni Moretti de Caro Diario. Il faut dire que la Sicile, ça inspire pas mal et, ici, Sophie Letourneur l’est complètement. Elle nous offre un voyage style les Bidochon, mais des Bidochon qui liraient le Guide du Routard et auraient vu en boucle pas mal de films italiens et de la Nouvelle vague française. « Au commencement, déclare-t-elle dans le dossier de presse du film, il y a eu un vrai voyage en 2016 aux mêmes endroits que dans le film et surtout avec les mêmes enjeux… Et j’ai voulu en faire le récit. Une comédie burlesque inspirée par mon couple, qui me semblait parfois être une caricature de lui-même, mais aussi par ceux que je croisais. En le vivant, certaines scènes ou certaines phrases retenaient mon attention et je les notais sur des pages volantes arrachées à la fin du Guide du routard… »

Une comédie drôle et tendre

On rit beaucoup, on s’étonne de tant d’autodérision et, in fine, on sort abasourdi par ce mélange de réalisme, notamment dans la manière de filmer les corps et les visages, et de magnificence des paysages traversés parfois au pas de course, en s’arrêtant pour des images insolites, notamment à Syracuse ou pour l’image de Sophie Letourneur, toute petite devant un énorme buste d’homme renversé, sans main ni pied, en bronze comme pour un cameo afin d’insister sur la manière dont notre société mercantile s’est emparée du patrimoine culturel mondial pour le livrer au consumérisme de masse, dont le petit couple représente l’une des facettes parmi tant d’autres, livrée au tourisme de masse.

La Bella Italia vs les Bidochon

Road movie foutraque qui prend le contrepied évidemment du film de Roberto Rossellini en ajoutant un s au titre et d’un film glamour hollywoodien qui fait rêver – on pense bien sûr à Vacances romaines de William Wyler de 1953 avec Audrey Hepburn et Gregory Peck – pour nous montrer deux personnages attachants en goguette sur une Vespa louée, petit couple parisien, caricature même de l’essence des bobos qui y pullulent, ayant laissé leur enfant à la grand-mère pour s’évader et retrouver l’Italie de leurs rêves et de leurs souvenirs, notamment ceux du mari représenté comme un tombeur qui emmenait autrefois ses conquêtes féminines à la découverte de la Bella Italia. Bien sûr, le choix de Philippe Katerine, à la fois poétique et grotesque, est magistral puisqu’il complète parfaitement le tableau et apporte au film une touche décalée et inoubliable. Mais Sophie Letourneur s’en explique parfaitement : « Dans ce qu’il fait et ce qu’il dégage, j’ai toujours senti quelque chose de proche de moi dans le rapport qu’il a au sérieux, à la trivialité et à la poésie. J’aime vraiment ce qu’il est et tout ce qu’il fait, et c’était une raison suffisante pour rêver de travailler avec lui. Je le trouve génial, c’est un grand artiste. Et c’est très important pour moi, parce que ce qui va m’inspirer chez un acteur, c’est toujours au fond la personne. C’est ça que j’ai envie de filmer, même si le personnage était à la base mon compagnon. Et Philippe, c’est à fois lui, et pas du tout lui. Sa voix musicale, sa douceur, sa complexité… Il a apporté quelque chose en plus, il en a fait un personnage. »

Titre original : Voyages en Italie

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Durée : 91 mn


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