Un silence

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A partir d’un fait divers, un film trop en demi-teinte sur une affaire de pédophilie.

Dixième long-métrage

Après neuf longs-métrages, Joachim Lafosse nous livre un dixième film de fiction tout en clair-obscur, à la fois sobre et digne sur le silence et la honte qui minent une famille depuis longtemps. Pour la belle qualité de l’image, il a fait appel pour la septième fois au directeur de la photographie Jean-François Hensgens. En tant que Belge, Joachim Lafosse s’est inspiré pour cette dernière fiction à l’affaire dite Hissel, mais aussi bien sûr à l’horrible affaire Marc Dutroux. Pourtant, le spectateur va mettre longtemps à découvrir qu’il s’agit d’un film sur un pédophile et les secrets, ainsi que la honte, que la famille complice – qu’elle se taise ou qu’elle tente de le hurler – doit subir. Et, à ce niveau, c’est une réussite car le film n’est pas du tout racoleur et l’horreur des actes dont le père de famille, avocat de métier en charge lui-même d’une affaire de pédophilie, va finir par être accusé n’est montré que succinctement, voire seulement suggéré. 

Excellents acteurs

Il faut dire que le film repose sur deux excellents acteurs, Emmanuelle Devos dans le rôle d’Astrid la mère, qui est sur tous les plans ou presque, et apparaissant de façon inquiétante et virtuose au tout début du film dans les regards embrumés de larmes qu’elle jette à son rétroviseur de voiture. Mais aussi, bien sûr, Daniel Auteuil qui a été le seul à accepter ce rôle difficile, on pourrait oser : casse-gueule et, d’une certaine manière, Matthieu Galoux dans le rôle de Raphaël, son fils. Il faut dire aussi que le film est bâti en flash-back, mais nous n’en dirons rien. En effet, Un silence, film sur la honte et la lâcheté, fait partie de ces films difficiles à analyser sans les pitcher. Nous en avons trop dit maintenant. 

La maison bourgeoise au centre de l’histoire

Contentons-nous de ne parler que de la maison bourgeoise que l’équipe est allée dénicher à Metz et qui, selon les propres dires du réalisateur, est le personnage principal du film. Et c’est un peu vrai. « Une des choses qui nous a le plus occupés est la recherche de la maison. Il fallait qu’elle soit assez vaste pour permettre des déplacements avec une machinerie lourde et que, en même temps, elle ne soit pas tape-à-l’œil. Il s’agit d’une bourgeoisie provinciale où rien ne dépasse, pas bling-bling pour deux sous. Trouver cette maison a été l’un des éléments clés de la fabrication du film. » Et il fallait que ce film se fasse sans champ contrechamp, ni contreplongée. Il fallait qu’il reste sobre à la manière d’un film de Claude Chabrol, le spécialiste des drames et des mesquineries de la bourgeoisie de province. « J’ai souhaité filmer cette bourgeoisie qui ne déborde jamais, déclare Joachim Lafosse dans le dossier de presse du film. Cette bourgeoisie de province qui élève ses enfants, donne de l’argent de poche, laisse son gosse conduire la décapotable. On la montre peu au cinéma mais elle existe. » C’est ce qui fait la force, mais aussi d’une certaine manière, la faiblesse de ce film qui en dit trop peu, qui reste trop intimiste, trop ténu même s’il parvient à semer le doute et à distiller l’angoisse chez le spectateur attentif en insistant sur les silences inquiétants du père.

Direction d’acteurs

Il faudrait dire aussi un mot sur la manière dont Joachim Lafosse travaille, sans scénario omnipotent puisqu’il avoue que les dialogues se construisent avec et pour les acteurs. Et c’est en découvrant les larmes d’Emmanuelle Devos qu’il a pu mieux cerner le personnage d’Astrid. Le décor construit, le réalisateur y fait répéter longuement ses acteurs avant de commencer le tournage proprement dit. Une méthode apparemment porteuse de fruits pour arriver à créer un climax propre à l’angoisse. « Avec mon directeur photo, nous avons très vite pris conscience qu’il s’agissait d’éviter de faire sentir la mise en scène, au fond de la cacher. Il fallait que le récit avance à pas de loup, que la caméra circule mais qu’on ne sente pas ses mouvements. Donc, tout est filmé en Dolly qui à mes yeux est plus discret que le Steadycam, moins tape-à-l’œil (et, disant cela, je pense entre autre au cinéma de Claude Chabrol). Un silence est l’un des films qui m’a demandé le plus d’exigence et de rigueur. Comme rien ne doit se voir, le moindre mouvement de trop était inacceptable, devait être gommé. »

Titre original : Un silence

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Durée : 99 mn


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