Un métier sérieux

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Un film tendre et réaliste sur un très dur métier.

Après la médecine, l’enseignement

Thomas Lilti nous avait habitué à des films mettant en scène le dur métier de médecin ou l’apprentissage de la médecine. On a aimé et retenu en effet Première année en 2018, Médecin de campagne en 2016 et Hippocrate en 2014. En cette rentrée 2023 plus que morose et alors que l’Education nationale n’a jamais été autant en crise, il tente de panser les plaies avec ce film magnifique sur la foi qui, malgré tout, guide encore de malheureux profs oubliés, mal payés et vilipendés de tous côtés. Le film ne s’appelle pas pour rien Un métier sérieux tant il est vrai qu’il a été décrié et même parfois par les ministres en charge, certains parents allant même jusqu’à douter du sérieux des professeurs et de leur métier. Pour ce faire, Thomas Lilti qui sait comment traiter son sujet, l’aborde justement par le petit bout de la lorgnette en proposant un focus sur un jeune prof non titulaire, balancé sans formation aucune dans un collège difficile. Il ne devra sa survie qu’à la solidarité des autres collègues et ça donne un film choral magnifique, servi par des acteurs au mieux de leur forme et on doit les citer tous tant ils sont criants de vérité et d’humanité : Vincent Lacoste, François Cluzet, Adèle Exarchopoulos, Louise Bourgoin, William Lebghil, Lucie Zhang, Theo Navarro-Mussy, Léo Chalié et Bouli Lanners.

Un film d’acteurs

Un métier sérieux n’est pas seulement un film réquisitoire pour défendre ce que, naguère, on qualifiait encore de plus beau métier du monde, à défaut d’être le plus vieux…, il se présente aussi comme une galerie de portraits plus vrais que nature et les enseignants s’y reconnaîtront comme si chaque discipline se devait d’être incarnée par un caractère spécial. De la prof de SVT, à la prof de lettres ou d’histoire dépressive, en passant même par un admirable chef d’établissement, tous sont montrés sous un jour tendrement caricatural, mais surtout d’une manière bienveillante comme pour insister bien sûr sur les risques du métier. Mais ici, bien sûr, pas de sensationnalisme cher aux médias surtout télévisuels : juste la vie quotidienne d’un prof qui court la banlieue, entre la hantise d’être en retard et les problème de transport, sans oublier bien sûr les cas de conscience que cette profession rencontre à chaque minute avec le conseil de discipline pour un élève en point d’acmé. Une mention particulière doit être donnée à François Cluzet encore plus crédible que les autres dans le rôle d’un professeur au seuil de la retraite, avec ses tics, ses problèmes et ses rêves enfouis. Malgré ses qualités scénaristiques, la photo d’Antoine Héberlé et la justesse du ton, Un métier sérieux est apparemment un excellent film d’acteurs, ainsi que le réalisateur le reconnaît lui-même en le confiant au dossier de presse du film : « J’ai voulu donner le plus de place possible aux acteurs. Toute ma méthode de travail tourne autour de cet objectif. De film en film, cette obsession m’a amené à tourner de plus en plus. Des prises de plus en plus longues sans que les caméras ne coupent. Il y en a toujours deux. Et je me débrouille pour que tous les acteurs puissent être filmés à tout moment. Mon but est que l’on finisse par oublier le dispositif malgré la lourdeur d’une équipe de cinéma. Le plateau doit demeurer un terrain de jeu pour les acteurs. Je me souviens de la séquence du conseil de discipline que je devais tourner en plusieurs petits morceaux mais que j’ai finalement réalisé en une seule et grande séquence comme s’il s’agissait d’un véritable conseil de discipline. »

  

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