Un jeune homme de bonne famille

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Une vie gay en miroir des années 1968-1990.

Ecole du Louvre et documentaires

Après une vingtaine de longs-métrages, dont certains comme Presque rien (fiction) en 2000 ou Madame Hofmann (documentaire) en 2023, l’ancien étudiant à l’école du Louvre, fasciné par l’histoire de l’art, s’est surtout fait connaître à ses débuts de cinéaste comme quelqu’un qui a permis à l’homosexualité de s’exprimer. C’est sans doute pourquoi, pour son vingtième long-métrage, il y revient par un chemin détourné à travers un flamboyant portrait. En effet, avec Un jeune homme de bonne famille, Sébastien Lifshitz propose un croquis sensible, émouvant et attentif, voire bien sûr bienveillant de Claude Loir, figure libre et hédoniste des années 1970, entre désir, audace et quête de soi.

Donc un nouveau film documentaire parfait, constitué d’entretiens surtout avec le principal protagoniste, celui que le réalisateur nomme, du fait de son titre, « jeune homme de bonne famille », ce qu’il fut (et est) encore dans la vraie vie, mais un jeune homme de bonne famille qui, par sa volonté d’être libre et heureux, a choisi des chemins que, parfois, souvent, la morale réprouve. Il est vrai que la vie de ce Claude Loir est un véritable roman d’aventures puisque, enfant, il fut élevé par sa grand-mère presque comme un enfant sauvage qui se promenait seul dans la nature qui fut pour lui un temple baudelairien qui lui a enseigné l’hédonisme, la liberté et la solitude entourée des autres et, plus que tout, des arbres et des fleurs. De cette famille modeste à sa carrière d’acteur porno dans les années 1970, en passant par d’autres événements qu’on vous laisse découvrir, Sébastien Lifshitz propose une peinture réaliste d’un hédoniste sans peur et sans reproches qui a donc forgé son goût de la liberté absolue dans la nature ariégeoise, jardin secret empli d’émotions sensuelles où le petit garçon solitaire qu’il était oubliait les blessures de l’enfance : un père absent idéalisé et une mère peu aimante. À quatre-vingts ans, Claude Loir, bel homme tranquille, remonte le cours de son chemin d’aventurier du corps et de l’âme : la pauvreté, la pension et les premiers émois, la découverte de son homosexualité, puis la fuite pour vivre et jouir sans entraves.

Une vie comme un miroir

Sa vie, cette vie qui est comme un roman, retrace l’ensemble des événements qui firent croire à leurs acteurs qu’ils étaient importants, que la révolution était à portée de main (grâce à mai 68) qui sera suivie par la libération sexuelle, l’explosion du pop’ art, de l’underground et de la pornographie au cinéma, vite secouée par les premiers coups en douce et terribles de cette maladie qui nous poursuit encore et qu’on a commencé par appeler « cancer gay », le sida, cet acronyme qui a terrorisé des millions de jeunes. Il est vrai que le jeune Claude Loir pourrait même représenter l’ensemble de cette génération passé de De Gaulle à la révolution permanente en passant par la libération des mœurs ainsi que semble le reconnaître le réalisateur qui a eu l’idée de ce documentaire grâce à la maison d’édition qui a fait paraître les mémoires du comédien. « La France gaullienne de l’après-guerre est dominée par la question du travail et de la famille. Ces valeurs traditionnelles vont braquer toute une jeunesse qui refuse de se soumettre. Les jeunes veulent faire table rase du passé en créant une nouvelle musique, des nouveaux films, une nouvelle mode provocante. Ils veulent être libres d’aimer et de vivre une sexualité sans entraves. Claude va suivre ce mouvement de contestation, même s’il n’est pas militant à proprement parler. En cela, il porte la mémoire de cette époque de libération sexuelle. « Je voulais aussi comprendre comment cet homme, venu d’un petit village des Pyrénées, avait pu devenir soudain une porno star. Avec sa belle gueule, il se rêve d’abord comédien, mais ça n’aboutira jamais vraiment. À Paris, il fréquente un milieu interlope, notamment au Festival, ce bar de gigolos où les corps se monnayent. Un jour, il finit par accepter une passe, ce qui fait sauter un premier verrou. Il faut dire qu’il est parfaitement à l’aise avec son corps et la nudité. »

Un travail d’enquête

Pour construire ce film passionnant, Sébastien Lifshitz, outre les nombreux entretiens avec Claude Loir et ses proches, a dû compulser des kilomètres d’archives particulièrement bien choisies parce qu’elles contribuent à dessiner le portrait en creux du personnage en cassant le rythme et en permettant aux spectateurs de mieux cerner cet incroyable personnage. « Nous avons fait un énorme travail d’enquête pour retrouver les films et leurs ayants droit. Il a aussi fallu collecter les photos de famille, alors que Claude, nomade, n’avait presque rien conservé. J’ai aussi cherché à contextualiser les différentes époques. Pour les archives gay, j’en avais repéré certaines lors de mes précédents films, et j’ai aussi fait appel à tout un réseau de collectionneurs de films queer. Mais cette vie interlope, du fait du secret exigé, a été particulièrement non documentée des années 1950 jusqu’à la fin des années 1960. Avec un film comme celui-là, j’ai essayé de réparer ces manques, d’incarner ces vies invisibles. Claude Loir fait partie de ces anonymes qui recomposent une mémoire queer demeurée trop longtemps oubliée, voire méprisée. C’est un héros ordinaire, une de ces figures rebelles et insolentes dont j’aime raconter le parcours et la construction de l’identité. Dans mes films, j’ai voulu offrir à tous ces invisibles un écrin pour témoigner de leur courage et de leur importance, car ils incarnent pour moi des modèles de vie qui m’ont aidé à grandir. On doit beaucoup aux gens de cette génération  : ils ont forgé la liberté dans laquelle nous vivons aujourd’hui. »

Sur Arte, le lundi 19 janvier 2026 à 22.35, puis sur arte.tv du 12/01/2026 au 17/08/2026.

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Durée : 87 mn


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