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Agnès de ci de là Varda

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Varda et l´art, Varda et Demy, Varda et Varda… Une nouvelle série de documentaires d´Agnès Varda. Drôle, poétique, parfois agaçante, mais souvent touchante… Varda quoi !

Ces dernières années, si ce n’est depuis ses débuts, Agnès Varda nous a habitués à filmer ce qu’elle voulait, de la manière dont elle le voulait, s’inscrivant de plus en plus comme la matière même de ses films. Portrait direct, portrait en creux, portrait chinois, la Varda s’affiche même dans le titre. Suivant Les Plages d’Agnès, émouvant autoportrait officiel de la dame, elle réunit aujourd’hui sous sa bannière d’autres portraits : des artistes, qu’ils soient amis ou simplement admirés par Varda. Depuis quelques années, Varda les filme au gré de ses envies ou déplacements, avec légèreté, sur le vif, sans grand dessein pré-établi. On a pu ainsi la croiser régulièrement au Grand Palais à Paris début 2010 arpentant les allées de l’exposition de Christian Boltanski avec sa caméra. Arte nous invite donc à découvrir ce curieux projet de « documentaires sur l’art » tous les soirs du 19 au 23 décembre : cinq fois quarante-cinq minutes de portraits d’artistes ou cinq Varda visions !

« Des fragments, des instants, des personnes. », « un feuilleton de feuilles. » Agnès de ci de là Varda, c’est un peu comme feuilleter des photos ou des souvenirs, être en balade avec Varda, la suivre au gré de ses pérégrinations et digressions. D’un hommage à Jacques Demy à Nantes qui voit Anouk Aimée retrouver les lieux et gestes de Lola aux discussions de Varda avec les pêcheurs sétois rencontrés pour La Pointe courte (1955). « Jeune plasticienne » comme elle aime à se décrire, on la voit aussi autour de ses cabanes présenté à la Biennale de Lyon en 2009 dont elle observe le spectacle d’un œil mi touché mi amusé. Elle se fait plus pertinente quand elle s’attache au portrait d’un artiste. Après tout, le portrait elle connaît. On croise ainsi, au fil des cinq épisodes, des stars du marché de l’art comme de quasi inconnus. On passe de Chris Marker ou Matthew Barney à une artisane sur un marché mexicain, de la rétrospective de Pierrick Sorrin à l’atelier d’un fabricant de filets de pêche. Le tout sans complexe. Chaque témoignage semble revêtir la même valeur pour Varda.

 

Alors malheureusement – ou pas – les considérations d’Agnès Varda sur l’art ne sont pas toujours de haute volée. Entre juste ressenti (le spectacle du quotidien de la Biennale de Lyon toujours coincée dans La Société du spectacle) et extrapolations fumeuses qui montre un joli sens de la formule (« comme on dit l’art brut, peut-on parler d’installations brutes ? »), la réalisatrice se montre à la fois touchante et agaçante. Sur l’art contemporain, on n’apprend finalement pas grand-chose. Elle ne se donne jamais comme spécialiste. Elle n’offre rien de plus qu’un avis, sa propre parole qu’elle ne déclare jamais d’évangile. Agnès Varda parle, parle aux gens, nous parle. Elle peut ainsi passer autant de temps dans l’intimité du peintre Pierre Soulages à l’étonnante simplicité qu’avec Michel Jeannès, collecteur et psychologue du bouton.

« J’essaie de travailler par impressions maintenant, par touches. » dit-elle. Collage de séquences, collages de portraits et de mondes qui s’entrechoquent, Varda construit patiemment son édifice, le voyage important souvent plus que la destination. Les cinq épisodes commencent ainsi par le portrait d’un arbre élagué qui revoit naître son feuillage peu à peu, vraie métaphore du cinéma de Varda : d’une extrême poésie, tendre et parfois narcissique, mais sachant toujours toucher au cœur. Et rien que pour voir l’œil rieur de Manoel de Oliveira, fringuant centenaire, se battre en duel et imiter Chaplin dans un parc, ces quelques heures de vie de Varda sont un vrai cadeau.

Titre original : Agnès de ci de là Varda

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