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Tout ce que le ciel permet (All that Heaven Allows – Douglas Sirk, 1955)

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A l’occasion de la ressortie en salle, redécouvrez dans ce film la chaleur d´un amour condamné.

Sorti en 1955 dans la foulée du Secret magnifique et réunissant le même casting, Tout ce que le ciel permet est le deuxième grand mélodrame en couleur que Douglas Sirk tourne pour Universal. Alors que le titre original fait référence au paradis (All that Heaven Allows), la traduction française lui préfère le ciel, ce qui souligne une des particularités du film, à savoir l’importance donnée au ciel en tant que miroir du rythme terrestre, reflet de l’enchaînement des jours et des saisons. Le film s’ouvre dans le plus Technicolor des automnes : le monde que l’on découvre est flamboyant, éclairé d’une lumière douce qui apaise et réchauffe l’atmosphère. En cette belle journée, Ron Kirby (Rock Hudson) taille les arbres du jardin de la famille Scott. C’est ainsi que le jardinier fait connaissance avec Cary Scott (Jane Wyman), jeune veuve issue d’un milieu aisé, mère de deux grands enfants, Kay et Ned. Jusque-là, l’existence de Cary n’est pas des plus exaltantes, elle semble avoir du mal à se faire à sa nouvelle vie, boudant tout autant les soirées au « club » que les avances des candidats à un remariage.

Sous les traits de ce beau jardinier se dessine ainsi la possibilité d’un autre destin. La première partie du film s’attache ainsi à mettre en avant le rapprochement entre ces deux êtres, le glissement du rapport patron/employé vers la relation passionnelle que sera leur histoire d’amour. S’ils ne sont pas du même milieu social, leur faculté à se couper du monde tend à gommer cet antagonisme. À l’écran, leur différence s’articule autour du décalage entre ville et campagne et dans un premier temps, c’est Cary la citadine qui rend visite à Ron. Loin des regards de la ville, une vieille grange sera le lieu de leur premier baiser. Comme souvent dans Tout ce que le ciel permet, Sirk fait durer la scène. Un léger travelling suit Cary dans ses mouvements faisant entrer Ron dans le cadre, elle se place à côté de lui, se fige, puis lui tourne le dos. La séquence s’étire autour de cette valse hésitation jusqu’à ce que Ron y mette fin d’un baiser, les deux corps s’enlacent : plus aucune barrière ne les sépare. En définitive Cary ne se rend pas à la campagne pour prendre le grand air, elle s’y enferme auprès de Ron. La mise en scène de Douglas Sirk suit de près le désir de son héroïne. Alors qu’elle est en quête de chaleur et de protection, le cinéaste lui offre de chaudes scènes d’intérieur et les gros bras de Ron, fagoté dans une chemise à carreaux rouge vif. Cette opposition entre l’ardeur du foyer et le froid extérieur est très perceptible à l’image et ce d’autant plus que l’hiver se profile.

Alors que le couple se fiance, leur relation ne peux plus rester secrète. La deuxième partie du film se présente comme le strict opposé de la première à travers un mouvement de transfert du lieu de l’intrigue de la campagne vers la ville. Le couple n’est plus seul au monde, il doit composer avec le regard extérieur des gens lequel se dresse comme un obstacle à leur amour, en atteste la confrontation entre Ron et les enfants de Cary. C’est le fils Ned qui se montre le plus catégorique sur la question du mariage. Loin d’être réticent à l’idée que sa mère se remarie, il se figurait déjà son union prochaine avec Harvey, vieil ami de la famille, de loin plus âgé que Cathy. L’opposition entre Harvey et Ron met en avant l’œdipe de Ned pointé du doigt par sa sœur dès le début du film. Pour le fils, accepter Ron dans toute sa virilité champêtre serait admettre que sa mère puisse encore être objet de désir sexuel. Refoulant cette idée, il manifeste ici une préférence pour Harvey dont la sénilité (voire l’impuissance ?) est rassurante. D’autre part le couple est sujet aux ragots les plus viles dans la petite bourgade, d’aucuns affirmant que la relation entre Cary et son jardinier est antérieure à la mort du mari. Si le monde extérieur a été mis de côté dans un premier temps, voilà qu’il fait un retour des plus fracassants et la calomnie l’emporte puisque Cary décide de s’éloigner de Ron. De leur côté les enfants se montrent absents pour la première fois puisqu’ils ne sont pas auprès de leur mère le jour de Noël.

Cary est délaissée, une solitude que les enfants entendent bien pallier, non pas par une présence accrue (la fille annonçant ses fiançailles et le fils nourrissant des envies de voyage à l’étranger) mais par l’achat d’un téléviseur. Outre le clin d’œil au rôle grandissant de l’objet au sein du foyer américain dans cette société de consommation des années 1950, le choix de la télévision incarne l’idée que les enfants se font de l’existence de repli que doit mener leur mère : loin de la demeure de Ron, bien assise sur un canapé et absorbée par un écran. Alors que les scènes de couple ont illuminé le début du film, cette période de séparation rend la narration quelque peu laborieuse. Les retrouvailles tardent à venir alors que nous les savons inéluctables. On comprend évidemment le tiraillement de Cary mais quand, se décidant enfin à retourner auprès de Ron, elle se demande « Pourquoi ai-je été si longue à comprendre ? » on ne peut que l’approuver. Quoi qu’il en soit, ce semblant de suspense ne nous fait qu’apprécier d’avantage le triomphe final de leur amour. Certes cette conclusion est attendue mais qu’importe puisque le couple brille de nouveau sous nos yeux. Nul doute qu’ils auront de beaux jours devant eux : le printemps ne doit pas être loin.
 

Titre original : All that Heaven Allows

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Durée : 89 mn


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