The end of violence

Article écrit par

Disponible à la vente chez MK2 Bill Pullman, alias Mike Max, est un célèbre producteur d’Hollywood dont les films sur la violence ont fait sa renommée. Absorbé par son métier, il en néglige sa femme, la délicieuse Andie MacDowell, qui se morfond dans sa villa de Los Angeles. Du haut de son observatoire, Ray Bering, […]

Disponible à la vente chez MK2

Bill Pullman, alias Mike Max, est un célèbre producteur d’Hollywood dont les films sur la violence ont fait sa renommée. Absorbé par son métier, il en néglige sa femme, la délicieuse Andie MacDowell, qui se morfond dans sa villa de Los Angeles. Du haut de son observatoire, Ray Bering, ex-scientifique de la N.A.S.A, observe la ville à l’aide de milliers de caméras destinées à un projet classé secret défense par le FBI.

Obnubilé par les caméras qui rythment sa vie, Mike Max semble vivre dans un monde impersonnel où les sentiments humains n’occupent qu’une place infime. Jusqu’au jour où il est menacé de mort par deux malfrats de seconde zone. Sauvé de justesse, il est « adopté » par une famille de jardiniers mexicains, et retrouve ainsi sa joie de vivre loin de l’agitation de la société hollywoodienne.

Avec The end of violence, réalisé en 1998, Wim Wenders décide de pointer du doigt les dérives d’une société occidentale superficielle régie par l’image. Telles les autoroutes de Los Angeles, plan récurrent du film, les personnages se croisent mais ne se rencontrent jamais. Les relations entre les protagonistes n’en sont que plus décousues. A noter tout de même la romance naissante entre le policier chargé de l’enquête du meurtre des deux malfrats et une jeune actrice.

Pour sa vingt troisième réalisation, le cinéaste allemand parvient aussi à filmer un récit entièrement consacré à la violence sans pour autant la montrer crûment à l’écran. Mais le film manque de rythme, et il sera facile de se perdre dans l’enchevêtrement labyrinthique des différentes histoires. Cependant, l’objectif du réalisateur est ailleurs.

En décrivant un monde où les moindres faits et gestes sont filmés par les caméras de surveillance, Wim Wenders livre ses inquiétudes sur une société américaine dans laquelle l’image passe avant tout. Les personnages perdent alors toute saveur et sont vus comme à travers un filtre, celui de la caméra. Cette vision du monde paranoïaque peut être résumée par les propos désabusés d’un dirigeant du FBI : « Les temps ont changé. Avant on observait le ciel de la terre maintenant c’est le ciel qui nous observe ».

Mais cette nouvelle ère censée éradiquer le crime grâce à ses multiples yeux n’est pas encore complète. Des représentants de l’ancien temps subsistent, symbolisés par le père de Ray Bering, vieil homme farouchement attaché à son antique machine à écrire. Mais aussi par le producteur Mike Max, tour à tour, créateur et victime de ce système anxiogène. D’abord derrière puis traqué par la caméra, il trouve le salut dans l’invisibilité. Entendez par là l’anonymat. A lui seul, ce héros schizophrénique représente les contradictions de cette société de l’image, qui en voulant garder une trace de chaque homme et femme sur la pellicule, finit par déshumaniser. Georges Orwell avait vu juste.

Bonus : Préface, bande annonce, Wenders et l’Amérique

On apprend dans la préface réalisée par Luc Lagier, les origines du scénario de The end of violence. Wim Wenders voit dans l’idée même de violence le résultat du passage de la culture occidentale de l’écrit à l’image. Les films hollywoodiens en font, selon lui, une continuelle apologie. Le choix de Bill Pullman pour interpréter l’acteur principal réside dans la dualité qu’il dégage, capable d’interpréter des rôles très différents. Le film fût très mal accueilli lors de sa présentation au festival de Cannes en 1997. Il ne sortit en France qu’un an plus tard, après avoir été raccourci d’une vingtaine de minutes.

Dans Wenders et l’Amérique, documentaire de vingt minutes, toujours réalisé Luc Lagier, l’auteur retrace la biographie ainsi que la filmographie de Wim Wenders, ses attirances et ses déceptions à l’égard du cinéma américain. Wim Wenders est un réalisateur supportant mal les contraintes des productions hollywoodiennes, préférant être libre sur un tournage. Il pose sa caméra un peu partout dans le monde pour réaliser des documentaires et des films. Le documentaire revient en outre sur les principaux succès du réalisateur tels que Alice dans les villes, Paris-Texas, Les ailes du désir où bien encore Jusqu’au bout du monde.

Titre original : The End of Violence

Réalisateur :

Acteurs : , , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 120 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La Passagère

La Passagère

Plongée traumatisante dans l’électrochoc concentrationnaire, « La Passagère » est une oeuvre lacunaire unique en son genre tant elle interroge l’horreur de l’Holocauste par la crudité aseptisante de ses descriptions aussi bien que par les zones d’ombre qui la traversent. Retour sur ce chef d’oeuvre en puissance qui ressort en salles en version restaurée 4K.

Le Salon de musique

Le Salon de musique

Film emblématique et sans doute le chef d’oeuvre de Satyajit Ray même si le superlatif a été usé jusqu’à la corde, « Le salon de musique » ressort dans un noir et blanc somptueux. S’opère dans notre regard de cinéphile une osmose entre la musique et les images qui procèdent d’une même exaltation hypnotique…

WESTFIELD STORIES SAISON 2

WESTFIELD STORIES SAISON 2

Interview de Nathalie PAJOT, Directrice Marketing France d’Unibail-Rodamco-Westfiel. Elle nous présente la deuxième édition du Festival de courts-métrages Westfield Stories auquel est associé Kourtrajmé, le collectif de jeunes cinéastes crée par Ladj Ly.

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Le cinéma de Mani Kaul dépeint subtilement la manière dont la société indienne traite ses femmes. On peut qualifier ses films d’art et essai tant ils se démarquent de la production commerciale et sont novateurs par leur forme originale. Avec une âpreté et une acuité douloureuses, le réalisateur hindi décline le thème récurrent de la femme indienne délaissée qui subit le joug du patriarcat avec un stoïcisme défiant les lois de la nature humaine. Un mini-cycle à découvrir de toute urgence en salles en versions restaurées 4K.