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Si le vent soulève les sables

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. Voilà ce qui anime depuis ses débuts Marion Hänsel, réalisatrice, actrice et productrice. Et c´est dans la lignée de Le Lit, dans lequel elle abordait le droit de mourir dans la dignité, et de Sur la terre comme au ciel, où il était question de faire prendre conscience de la nécessité de l´économie durable, […]

<> . Voilà ce qui anime depuis ses débuts Marion Hänsel, réalisatrice, actrice et productrice. Et c´est dans la lignée de Le Lit, dans lequel elle abordait le droit de mourir dans la dignité, et de Sur la terre comme au ciel, où il était question de faire prendre conscience de la nécessité de l´économie durable, que se situe Si le vent soulève les sables, film qu´elle considère comme << le plus engagé >> de sa carrière. Engagement récompensé par le prix de la meilleure fiction au Festival du film de l´Environnement de Paris en 2006.

Si le vent soulève les sables est l´histoire d´une dernière chance. Celle d´une famille africaine que le manque d´eau contraint à quitter son village dans l´espoir de s´installer près d´une source dont la localisation reste incertaine. Rhane, son épouse Mouna et leurs trois enfants s´engagent alors dans un périple vain avec pour seule richesse leur chameau et quelques brebis et chèvres. L´exode forcé et désespéré de cette famille la mène à affronter l´enfer du désert, où la guerre et l´aridité forment un étau fatal qui se ressert lentement sur elle.

Est-ce toujours l´intention qui compte ? Dans le monde merveilleusement critique du cinéma, rien n´est moins sûr. Si le vent soulève les sables est un long-métrage franco-belge à la volonté profonde de réveiller nos consciences sur un thème aussi brûlant que le réchauffement climatique et ses conséquences. Le but est d´interpeller sur le manque d´eau croissant. Point. Le sujet est bien sûr des plus nobles, mais comment ne pas voir dans ce film à vocation universelle un énième point de vue ethnocentriste sur l´Afrique ? Les dialogues en français sonnent parfois trop << théâtraux >> voire pas assez justes et le flou entretenu autour de l´identité du pays et de la guerre en question pourrait être vu comme une tendance maladroite à amalgamer l´ensemble des pays africains sans tenir compte de leurs différences pourtant évidentes.

L´entretien des clichés sur l´Afrique serait-il un instrument de l´universalisme du film? Assurément non. L´auteur originel de Si le vent soulève les sables, Marc Durin-Valois (dont le livre Chamelle, a été adapté) précise clairement ses intentions : << la culture de la différence est aussi la culture de l´indifférence >> . L´intemporalité du film semble en effet nécessaire à l´impact du message principal : chacun d´entre nous peut un jour être amené à vivre pareille situation. L´eau n´est pas une denrée infinie dont les pays développés peuvent jouir éternellement. Et Marion Hänsel s´est attachée à filmer l´Humain face à lui-même et non un africain parmi d´autres face à des problèmes qui ne concernent que son pays.

Le spectateur se retrouve finalement dans la même situation que cette famille : abandonné dans le désert, il subit impuissant, le déchirement des pertes humaines qui s´additionnent, la frayeur permanente causée par cet inconnu hostile qui l´entoure, le désert, ainsi que le poids de ce voyage tragique. Si la pudeur de la caméra s´interdit toute vision insupportable de la mort, plusieurs scènes frappantes resteront dans les esprits. L´impuissance éprouvée par Rahne (émouvant Issaka Sawadogo) lorsque lui et sa famille croisent sur leur chemin un adolescent agonisant seul, sous un soleil mortel, rappelle un peu notre impuissance à l´égard des souffrances qu´endure le continent africain. Quant à la petite Shasha (impressionnante Asma Nouman Aden) elle représente l´once d´espoir de l´histoire. C´est elle qui occupe le tout premier plan du film. Epargnée par sa mère à la naissance, la fillette apporte la fraîcheur qui aurait pu manquer au film. Son personnage permet d´ailleurs au scénario de ne pas sombrer dans le pathos.

La réalisation de Si le vent soulève les sables s´articule dans la continuité de cette volonté universaliste chère à la cinéaste. La pureté de l´image fait s´entrechoquer dans un contraste inouï, la beauté cruellement sereine du paysage et la douleur de cette famille. Si la mise en scène des personnages ressort évidemment comme une construction peut-être un peu grossière de l´Afrique, Marion Hänsel offre au spectateur occidental une expérience humaine pas si éloignée de lui. Le message a l´honnêteté de ne s´attaquer qu´à un débat à la fois. Le choix de la réalisation, sobre et en langue française en fait une oeuvre clairement accessible au jeune public. Et si la << mission >> dont ce film s´est investie n´est finalement qu´une << goutte d´eau dans le désert >>, songeons que s´en est au moins une.

Titre original : Si le vent soulève les sables

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Durée : 96 mn


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