Sergio Leone

Article écrit par

A l’occasion de la rétrospective qui lui est consacrée à la Cinémathèque française, le Coin du Cinéphile revient sur l’art de Sergio Leone.

Avec une filmographie officielle se résumant à seulement sept films, l’empreinte de Sergio Leone demeure immense. Le premier élément qui frappe chez le cinéaste est son iconoclasme. Il démarre sa carrière en déconstruisant avec truculence le péplum dans Le Colosse de Rhodes (1961) avant de révolutionner le western. Le jeune spectateur fut ainsi frappé par la violence, la truculence latine et la manière d’iconiser par le gimmick formel et sonore des personnages et situations archétypaux du genre, notamment dans la trilogie de l’Homme sans nom : Pour une poignée de dollars (1964), Et pour quelques dollars de plus (1965) et Le Bon, la Brute et le truand (1966). A l’image d’un de ses plus fervents disciples Quentin Tarantino, cet iconoclasme passe par une compréhension et un fétichisme des codes cinématographiques (l’inspiration du western et du cinéma américain au sens large qui se ressent pleinement sous les outrances, le hiératisme du cinéma japonais) brillamment décalés pour donner une formule unique et personnelle.  Cela inspirera une certaine méfiance critique avant que cette approche ne révèle – même si cela pointait en filigrane dans la trilogie – une émotion à fleur de peau qui ne se déploie pleinement que dans l’emphase narrative et esthétique.

La rigueur historique se révèle constamment sous l’excès, et la grandiloquence se marie à l’intimisme dans les adieux de Leone aussi bien à un Ouest mi-réel mi-fantasmé qu’à son genre cinématographique de prédilection dans Il était une fois dans l’Ouest (1968). C’est également une vision du monde rattachée à l’humain, à l’amitié plutôt qu’à l’idéologie qui magnifie Il était une fois la révolution (1971). Tous ces éléments atteindront une forme de perfection et d’épure dans l’apothéose et la conclusion que constitue Il était une fois en Amérique (1984). Sergio Leone se révéla comme un génie par la forme ludique, picaresque et opératique, cette outrance servant une mise à nu poignante qui lui fit atteindre définitivement la grandeur.

Notre compte-rendu de l’exposition que lui consacre la Cinémathèque française figure ici.

Bonne lecture avant un Coin du cinéphile consacré à « La lutte des classes » au cinéma !

Réalisateur :


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La Passagère

La Passagère

Plongée traumatisante dans l’électrochoc concentrationnaire, « La Passagère » est une oeuvre lacunaire unique en son genre tant elle interroge l’horreur de l’Holocauste par la crudité aseptisante de ses descriptions aussi bien que par les zones d’ombre qui la traversent. Retour sur ce chef d’oeuvre en puissance qui ressort en salles en version restaurée 4K.

Le Salon de musique

Le Salon de musique

Film emblématique et sans doute le chef d’oeuvre de Satyajit Ray même si le superlatif a été usé jusqu’à la corde, « Le salon de musique » ressort dans un noir et blanc somptueux. S’opère dans notre regard de cinéphile une osmose entre la musique et les images qui procèdent d’une même exaltation hypnotique…

WESTFIELD STORIES SAISON 2

WESTFIELD STORIES SAISON 2

Interview de Nathalie PAJOT, Directrice Marketing France d’Unibail-Rodamco-Westfiel. Elle nous présente la deuxième édition du Festival de courts-métrages Westfield Stories auquel est associé Kourtrajmé, le collectif de jeunes cinéastes crée par Ladj Ly.

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Cycle Mani Kaul, cinéaste féministe de l’errance et du voyage intérieur

Le cinéma de Mani Kaul dépeint subtilement la manière dont la société indienne traite ses femmes. On peut qualifier ses films d’art et essai tant ils se démarquent de la production commerciale et sont novateurs par leur forme originale. Avec une âpreté et une acuité douloureuses, le réalisateur hindi décline le thème récurrent de la femme indienne délaissée qui subit le joug du patriarcat avec un stoïcisme défiant les lois de la nature humaine. Un mini-cycle à découvrir de toute urgence en salles en versions restaurées 4K.