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Il était une fois en Amérique

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Il était une fois en Amérique clôt une trilogie marquée du sceau de la nostalgie. Et la carrière d’un des plus grands rénovateurs du cinéma de genre américain.

Elle est passée, l’heure des grands récits épiques. Les deux premiers volets de la trilogie Il était une fois ont chacun leur tour exploré les limites des fresques historiques et des fables lénifiantes. Le bruit et la fureur de la conquête de l’Ouest et de la révolution mexicaine ont fait place au silence.

Elle est aussi passée, l’heure des rebelles au grand cœur. En 1984, le Nouvel Hollywood et son cortège de Bonnie & Clyde, Easy Rider et autre Le Lauréat ont disparu depuis une dizaine d’années. Le vent de la révolte s’est tu. Ne reste que le son de ses propres pensées.

Alors, tout en reprenant l’ampleur (3h31 dans la version la plus connue, 4h11 pour la version longue) des chefs-d’œuvre hollywoodiens, l’épopée se brise. Perd son universalité. Se fragmente en une narration anti-linéaire, qui croise et entrecroise trois époques : en 1922, jeunesse du clan de David Aaronson « Noodles » (Robert de Niro) ; en 1933, lorsque ledit clan vit son âge d’or sous la Prohibition et qu’apparaissent les premiers signes de rupture entre Noodles et Max (James Woods) ; en 1968, lorsque vieil homme, Noodles se rend sur la tombe de ses amis morts 35 ans plus tôt.

Mélangeant ainsi époques et styles – récit d’apprentissage, film de gangster et film de « revenant » –, Leone s’échine à extraire des chaos de l’Histoire sa quintessence : les heurs et malheurs des sentiments. Placé dès ses premières minutes sous le signe de la mort des trois compagnons de Noodles, Il était une fois en Amérique cultive tout du long le remords et la nostalgie de solidarités masculines et populaires perdues depuis longtemps.

Alors, plutôt qu’à des événements, c’est à des détails que s’accroche le récit. Tels la madeleine de Proust, des détails d’apparence anecdotique ressuscitent pour les personnages – et pour les spectateurs – un passé désormais révolu. C’est le vieux Noodles retrouvant le trou de serrure par lequel il espionnait à dix ans la belle Deborah (Elizabeth McGovern) dansant, et qui s’en retourne aussitôt quarante-six ans plus tôt ; c’est encore Noodles, au crépuscule de sa vie, qui entend en ouverture et en clôture du film résonner les notes de God Bless AmericaIl était une fois en Amérique est un chef-d’œuvre du montage, qui s’efforce de tisser des liens sensibles entre les époques (mais pas entre les lieux, hantés par des spectres) par d’astucieux raccords. Un champ-contrechamp et un travelling avant, et reviennent les années 20 ; un raccord objet et un flou de l’image, et revoici la Prohibition ; quelques notes d’un air oublié, et revoilà  le grand âge.

Dans ces années 80 frappées par l’échec des révolutions aussi bien politiques qu’esthétiques, le passé ne passe pas, il se ressasse. Et se ressassant, se disloque, change de coloration. Dans la lignée des travaux du grand historien américain Howard Zinn (Une histoire populaire des États-Unis, première édition en 1980), émergent de nouveaux personnages : les pauvres (le quartier de Brooklyn), les Juifs (le clan de Noodles, qui n’a rien des victimes passives que représentera par exemple La Liste de Schindler), les syndicats. Il était une fois en Amérique rend hommage à ces masses populaires qui, loin d’être des victimes, pratiquent l’insolence et la rébellion comme autant d’actes politiques.

Mais toutes les minorités n’ont pas droit à pareille réhabilitation historiographique. L’une d’entre elles, en particulier, demeure résolument dans l’ombre des nouveaux héros : les femmes. En dépit de leur importance dans la narration, elles se réduisent au statut de purs objets sexuels. Aussi bien les prostituées Peggy et Carol que la virginale Deborah servent de réceptacle aux fantasmes de domination de leurs camarades masculins. Dès la sortie du film, Sergio Leone reçut les foudres d’associations féministes. Et l’on comprend bien au vu des nombreuses scènes de viols et de violences faites aux femmes que la mise en scène ne paraît pas remettre en cause.

C’est là un trait commun qu’Il était une fois en Amérique partage avec plusieurs productions contemporaines. Scarface et son machisme bling-bling, Invasion Los Angeles qui fait des femmes des contre-révolutionnaires par nature, sans parler des films de Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger… autant d’œuvres qui, pour mieux mettre en lumière de nouveaux héros issus du peuple, rejettent dans l’ombre les figures féminines.

Il était une fois en Amérique incarne une certaine Amérique en un certain moment pour un certain auteur. L’œuvre ne saurait, de ce fait, représenter le cinéma hollywoodien. Gardons-le en tête : il était des fois… des cinémas.

Titre original : Once Upon a Time in America

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Durée : 211 mn


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