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Renoir

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Barbouillage indigeste aussi peu cinématographique que pictural.

On l’aime tous ce bon vieux papa Renoir. Et l’impressionnisme, ça marche toujours, surtout quand on y voit de belles (et jeunes) filles toutes nues. Première Guerre mondiale, alors que Monet, perdant peu à peu la vue, s’isole à Giverny et attaque la dernière et décisive partie de sa carrière, Auguste Renoir lui aussi s’enferme dans sa propriété des Collettes sur la Côte d’Azur, dans l’arthrose et dans une peinture qui ne cherche plus à dissimuler ses relents académiques. C’est à ce moment-là que Gilles Bourdos s’intéresse après une adaptation pas tout à fait ratée de Et après (2009) de Guillaume Musso : un Renoir diminué, mais peignant envers et contre tous, deux de ses fils à la guerre mais choyé par ses servantes. Le film tend à gommer toute aspérité afin de ne pas égratigner l’idole dont cette version fantasmée et édulcorée est campée à merveille par un Michel Bouquet tour à tour bienheureux ou fatigué.

Le grand enjeu du film, c’est Andrée, le dernier modèle du peintre qui devient aussi l’épouse du fils, Jean Renoir, et lui met le pied à l’étrier du cinéma. C’est pour elle qu’il devient réalisateur. Sous le pseudonyme de Catherine Hessling, elle joue dans ses cinq premiers films. Tout ça est gentiment raconté à coups d’intertitres balancés juste avant le générique de fin. Peinture et cinéma, c’est un peu grattage et tirage, fallait surtout pas louper le filon. Que Renoir soit partiel – il donne l’impression que Renoir père ne sort plus jamais de sa propriété, alors qu’il revient plusieurs fois à Paris durant la période, notamment lors de la convalescence de Jean en 1915, commence des collaborations avec de jeunes artistes, retourne au Louvre… – dans un bucolisme aussi vain qu’affirmé n’est pas le moindre des symptômes d’un film que son sujet intéresse moins que l’image de marque qu’il véhicule. Dans ce « Renoirland », il n’y a rien d’autre à découvrir que des clichés éculés, mal mis en scène et mal interprétés, noyés dans la musique redondante d’Alexandre Desplat – qui manifestement doit être l’unique compositeur de musique de films vivant vu la fréquence de son apparition dans les génériques ces dernières années.

 

Même en acceptant cette superficialité – le film est aussi poussé qu’un exposé de cinq minutes d’un collégien en arts plastiques -, Renoir ne peut qu’irriter. Passéiste, il incarne ce goût de la France d’antan, esthétique publicitaire qui infiltre bon nombre de production française – des deux La Guerre des boutons (Yann Samuel, Christophe Barratier, 2011) à La Fille du puisatier (Daniel Auteuil, 2011) par exemple – et possède la finesse d’un semi-remorque. Certaines scènes – à peu près toutes les séquences d’émotion où quelque chose d’important doit passer, où l’affect doit emporter le corps – sont terriblement gênantes tant elles sont mauvaises, tant les acteurs et la caméra sont à l’abandon. Plus gênant encore est le plaisir que semble prendre Bourdos à se montrer légèrement irrévérencieux face à son modèle. Il faut voir à quel point le film semble s’enorgueillir de certains de ces dialogues (faire dire « Fais pas le con petit » à Renoir n’apporte pourtant ni comique ni intérêt réel) ou le jeu quasi anachronique de Christa Théret, proche de Sara Forestier dans les intentions, mais sans le charme et la présence qui fait qu’on ne parvient jamais réellement à détester cette dernière.

Qu’une telle ânerie puisse bénéficier d’un financement et d’une distribution aussi large ne doit pas dissimuler ce qu’est réellement le film : une belle croûte à ne mettre en aucune main. 

Titre original : Renoir

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Durée : 110 mn


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